sommaire

Témoignage



Chers tous,

Pendant son séjour de printemps à St nazaire, coïncidant en gros avec les vacances de ses petits neveux, votre amie JP, abstraite des occupations familiales, a passé 120 heures dans un lieu champêtre où régnait un profond silence. Elle n’y était pas seule, mais ses compagnons ne faisaient aucun bruit. On n’entendait que les oiseaux chanter et deux personnes vêtues de longues robes noires dont les autres buvaient les paroles. Là, tout n’était qu’ ordre et beauté, douceur, calme et piété.
Un rêve ? Non,. Une réalité qui s’intitule “retraite de Saint Ignace”. Ayant appris qu’une de ces retraites avait lieu à Nantes, elle a eu l’idée de s’y inscrire pour des raisons de proximité géographique et parce que cela lui rappelait les vieux souvenirs de quelques retraites du même genre qu’elle avait faites dans les années 50-60.
Les personnages en longues robes noires sont des prêtres résistants, fidèles à la soutane, signe partout où ils passent, de leur consécration à Dieu. Pour le cas où vous voudriez tenter la même expérience, elle vous explique tout par le menu.

LE CADRE DE VIE

Il fallait se rendre au “Fort Saint Joseph de la Porterie”, un lieu-dit où il n’y a ni fort ni porterie (seulement une petite statue de St Joseph dans le jardin). L’origine du nom reste inexpliquée. Au lieu de fort, s’y trouve un manoir XVIIIe-XIXe s., , qui appartint à la famille de Chappotin dont une fille, Hélène de Chappotin, sous le nom de Marie de la Passion, devint la fondatrice des Franciscaines missionnaires de Marie, de sorte que, depuis 1923, le manoir sert de résidence aux sœurs, aujourd’hui à 16 vieilles franciscaines, qui adorent le Saint Sacrement, exposé de longues heures dans leur chapelle, et s’emploient dans la ville de Nantes au Secours Catholique, ou à l’accueil dans les paroisses, ou à la visite des malades et des vieillards isolés, ou encore à la réception de retraitants, comme c’était le cas pour nous. Sept de leurs prédécesseures, qui avaient été massacrées en Chine lors de la révolte des Boxers, ont été canonisées à Rome le 1e octobre 2000. Ces sœurs n’ont pas conservé l’habit religieux sauf quelques unes portant encore le voile, mais elles sont silencieuses et attentives à leurs hôtes. Elles nous servaient à table ; la nourriture était bonne, familiale, et copieuse.
En équerre avec le manoir, un bâtiment moderne abrite un oratoire, des salles de réunion, et d’agréables chambrettes individuelles donnant sur de grands espaces verts. Si vous vous promenez jusqu’au fin fond de la propriété, sous découvrez le petit cimetière privé des sœurs : douze tombes pour 36 défuntes et une vingtaine de plaques accrochées au mur en commémorant d’autres, sans doute enterrées ailleurs, La plupart sont mortes très vieilles avec un nombre impressionnant d’années de vie religieuse.
La pension complète s’élève à 36€ 70 par jour auxquels il faut en ajouter 4,70 pour tout le séjour si l’on n’apporte pas sa paire de draps dans sa petite valise. Vous conviendrez que peu d’hôtels en France font des prix aussi avantageux, surtout dans un cadre pareil.
Car enfin, à quelques tours de roue du boulevard périphérique de Nantes, on se trouve en pleine verdure. Au bout de 500 m. d’une route ombragée par des chênes, bordée à gauche de haies et à droite d’un beau pré, on arrive à l’Erde, large rivière qui se jette dans la Loire un peu plus loin. A droite un joli sentier, à gauche une entrée du Parc de la Beaujoire qui est une merveille d’aménagement paysager et d’entretien. Il n’y avait pas encore de roses dans la roseraie, mais des iris, des rhododendrons et autres fleurs. Les sœurs disent que le soir les dealers viennent y dealer leur came, mais vers 9h. du matin, moment de l’emploi du temps le plus propice à la promenade, pas un chat, tout n’est qu’ordre et beauté…

L’ORGANISATION ET LES PARTICIPANTS

La retraite était organisée par la Fraternité Saint Pierre, une fraternité traditionaliste de droit pontifical (dépendant directement de Rome). Elle était matériellement organisée par un tout jeune laïc. Deux prêtres de la Fraternité encadraient les retraitants ; le plus jeune avait entre 30 et 40 ans, et le plus vieux un peu plus de 50.. Le silence, Dieu merci ! est obligatoire. Quel repos ! pas besoin de se battre les flancs pour trouver des amabilités et des banalités à dire aux autres ni de discuter pour découvrir qu’on n’est pas d’accord sur ceci ou cela… Ouf ! Deux fois seulement nous avons eu la parole pour faire un peu connaissance, ce qui n’a pas été long car nous n’étions que 9 retraitants, 3 adultes et 5 jeunes. J’étais de loin la plus vieille, j’aurais pu être la mère ou la grand-mère de tous les autres : une pieuse dame d’une cinquantaine d’années qui exerçait la profession d’aide ménagère, un monsieur en congé sabbatique d’une banque de Londres, diplômé de Harvard (40 ans ?) et Jacqueline, 77 ans, que je n’ai pas à vous présenter, un apprenti marin à l’école de navigation de Brest, une apprentie-infirmière en fin d’études, et quatre autres étudiants et étudiantes dont le n’ai pas retenu les spécialités. Tous ces jeunes étaient édifiants par leur sérieux et leur piété.
La messe célébrée chaque matin est celle de saint Pie V ; chacun apporte son missel et s’agenouille longuement aux moments voulus. Après deux jou rs de “jeûne eucharistique”, c’est une grâce de commencer par la communion des journées où aucune distraction n’empêche une sorte de cœur à cœur avec Jésus, couronné par le salut du Saint Sacrement.
À table, chacun, tour à tour, lit quelques paragraphes d’une pieuse lecture. Il y en a qui lisent bien et qu’on entend, d’autres qui lisent mal et qu’on n’entend pas. Dommage, mais après tout, ne pas avoir à parler, c’est déjà beaucoup..
En dehors des repas, il ne faut pas croire qu’on a beaucoup le temps de flâner. On vit à la cloche, tout est minuté, les instructions, les offices, les “méditations”, les “temps libres”. Pas de fantaisie ! Ne vous égarez pas ! Suivez le guide ! Mais enfin, convenez que, dans la vie actuelle, 120 heures, autrement dit 24h. x 5 pendant lesquelles on n’a absolument rien d’autre à faire que de penser aux fondamentaux de la destinée humaine et de sa propre destinée, c’est exceptionnel. Ce serait bête de ne pas en profiter…

PARLONS UN PEU DE SAINT IGNACE DE LOYOLA ET DE SA RETRAITE

Rappelons seulement que le saint qu’on appelle en français Ignace , ce qui se disait en castillan Iñigo et en basque Eneko, don Iñigo de Oñaz y Loyola (1491-1556) était un chevalier du pays basque espagnol qui mena la vie mondaine et guerrière d’un jeune seigneur de son époque jusqu’au jour où, à la guerre, il reçut un boulet de canon qui lui brisa la jambe droite. La convalescence fut longue et douloureuse et lui laissa le temps de faire toutes sortes de lectures, non pas des romans de chevalerie comme son confrère, l’illustre chevalier chrétien, mais moins saint, don Quichotte de la Manche, mais des lectures pieuses qui le firent passer de l’état de catholique sociologique à celui de catholique fervent, tant et si bien qu’il résolut de cesser d’être le soldat du roi de Castille pour devenir le soldat du Christ et qu’il finit par fonder l’ordre des Jésuites ou “Compagnie de Jésus”. C’était le tout début de ce qu’on a appelé le “Siècle d’Or” espagnol : Ignace est de 24 ans l’aîné de Ste Thérèse d’Avila, et les autres célébrités de l’époque, St Jean de la Croix, Cervantes, Lope de Vega, Calderon sont plus jeunes.
Les “Exercices” qu’il commença à rédiger pendant les quelques années où il vécut en ermite à Manrèse, en Catalogne, s’étalent sur quatre semaines et sont destinées à faire passer ceux qui voudront bien les suivre sur le même chemin de conversion que lui-même. Et il en a converti beaucoup, et pas seulement des futurs jésuites. Même St Vincent de Paul, en 1611 a fait les exercices de St ignace !
Mais enfin, tout le monde ne dispose pas de 4 semaines pour aller penser à ses fins dernières dans un lieu champêtre! Bref, au début du XXe s. un certain P. Vallet, catalan, comprima l’essentiel des exercices de St Ignace en 5 jours et obtint en son temps de grands succès avec cette méthode abrégée, aujourd’hui utilisée par les prêtres de la fraternité St Pierre et bien d’autres.

Donc, supposons que c’est Don Iñigo qui nous prend par la main et nous guide, par la bouche de ses lointains successeurs.

Il ne nous fait pas le catéchisme. À son époque, personne, en Espagne, n’ignorait le B A BA de la religion catholique, ce qui, hélas, n’est plus le cas aujourd’hui en France. Mais les fidèles de la Fraternité, eux, le connaissent. Il se contente de le faire réviser rapidement. Très méthodique, très imaginatif et très émotif, il vous dit, pas à pas , à quel point de la religion vous devez penser, ce que vous devez vous représenter, et les sentiments que vous devez éprouver. Il se peut que ses prescriptions vous laissent parfois perplexe, notamment ses “compositions de lieu”, qui vous feront penser aux tableaux des peintres de l’époque que vous avez admirés dans les musées.. De toutes façons, votre esprit est encadré, il ne s’égarera pas dans des pensées inconsistantes. Un certain petit livre bleu qui contient non seulement le texte des Exercices compressés par le P. Vallet, mais toutes sortes de prières, de cantiques, de litanies, de dévotions traditionnelles est là pour vous aider à suivre notre saint.

Ces exercices ne sont pas affaire d’intellectuels. Ils sont à la portée d’absolument tout le monde Rien de moderniste, pas de théologie de pointe ni d’exégèse biblique aventureuse. Est-ce que c’est archaïque ? On pourrait plutôt dire que pour l’essentiel, c’est atemporel. Don Iñigo ne se soucie pas de faire de vous des catholiques savants (savants à la mode de son temps, ni, à plus forte raison, du nôtre), il veut faire de vous des catholiques convaincus et, si possible, saints. Il veut vous aider à faire votre salut et gagner le Paradis à la fin de vos jours. Il commence par vous faire réviser votre vie entière, vous donne le temps de laisser remonter à la surface toutes sortes de vieux souvenirs, pour vous amener à une bonne confession générale puis, à prendre des décisions qui vous mettront sur la bonne voie, votre bonne voie à vous , conforme au projet que Dieu a formé pour vous, différente de celle de tous les autres, et qui vous éviteront beaucoup de perte de temps et de gâchis des talents que Dieu vous à donnés à faire fructifier.
Vous êtes un peu comme un artisan illettré du Moyen-Age à qui on explique le tympan d’une cathédrale, avec la gueule de l’enfer d’un côté et le paradis de l’autre, et St Michel avec sa balance, puis à qui on montre les vitraux où sont représentées les principales scènes du Nouveau Testament de l’Annonciation à la Résurrection en s’attardant tout spécialement sur la Passion ! Oubliez Freud, oubliez Darwin Pensez plutôt à éviter les péchés même véniels de peur qu’à l’usage, ils ne se révèlent mortels…
Bref, ces “Exercices” sont tout spécialement recommandés aux gens qui ont à prendre une décision importante qui engage l’orientation de leur vie. Vous pouvez penser que ce n’était pas le cas de Jacqueline qui est sur ses rails depuis un bon bout de temps et ne va pas se mettre tout d’un coup à dérailler. Mais enfin, on peut toujours améliorer son ordinaire, essayer de remplacer le train corail par le TGV… t ma foi, depuis cette retraite, ça roule un peu mieux.

INDICATIONS PRATIQUES

Sachez que la plupart des retraites de cette fraternité se tiennent non pas à Nantes, au lieu dit “La Bergerie” , 660 Chemin des Gardes, 74410 St Jorioz, près d’Annecy (04 50 68 95 91). Je vous photocopie une carte postale de cette Bergerie, pour vous en donner une idée.
Pour tous autres renseignements voyez le site
http://fssp.retraites.free.fr

Et pour personnaliser un peu la chose vous pouvez vous adresser à l’abbé François Pozzetto, l’ainé des deux prêtres qui nous accompagnaient :


Si ça vous tente, ne trainez pas trop ! Avec nos gouvernements hyperlaïques, vous ne voyez pas que la Fraternité soit confondue avec une secte et qu’on interdise ce genre de réunions… Qui vivra verra ! On ne sait jamais…


Retraite de Saint Ignace fssp.retraites.free.fr