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Témoignage d'une retraitante (juillet 2008)


La voiture a entamé une lente montée, la côte est raide, le chemin étroit, malmené, fait d’ornières, de trous, de gravillons. Le regard ne quitte pas la route, la concentration est entièrement portée sur la chaussée, le paysage apparaît de façon partielle lorsque par de rapides coups d’œil j’ose regarder au delà du mince ruban d’accès à la Bergerie. Après un dernier virage très serré et un raidillon qui cache la suite du trajet, surgit, au bout d’une ligne droite une large façade blanche trouée d’innombrables fenêtres aux volets de bois foncés. Plantée à l’extrémité de l’allée, une solide maison est la fin du voyage et le début d’une aventure très particulière.
La multitude des ouvertures à petits carreaux, l’aspect confortable, serein, tranquille et confiant de la demeure annoncent la rencontre que je vais vivre. Lumière, vent, reflet, transparence, rayonnement, fluidité entre l’intérieur et l’extérieur participent à cette écoute de Dieu. Pour entendre il faut cet air lumineux qui comme « le son d’une brise légère » permit à Elie de se dépouiller de lui-même pour comprendre la volonté de Dieu ( 1Rois 19,9-15).
Le regard peut enfin se porter dans les lointains, les limites sont repoussées, la Création, l’œuvre de Dieu est là…Cette nature déploie, collines, montagnes, lac, prairies témoignant de la Grandeur de Dieu. « il vit que cela était bon » pour nous, pour nous aider à faire notre Salut. La Création est là pour nous sauver, pour parvenir jusqu’à Lui, il met à notre disposition tous les moyens nécessaires …et avec quel pinceau ! le lac d’Annecy offre une surface paisible où le soleil se reflète comme les multiples ouvertures vitrées de la solide maison qui sont autant de miroirs renvoyant l’image d’une Création harmonieuse, simple et pure.
Devant cet infini lumineux qui entoure la Bergerie, je ne peux plus en douter. Mon cœur pourra ainsi trouver la paix et s’ouvrir à la grâce de Dieu, bien loin de l’agitation, du mouvement, des troubles, des maisons noires et sombres…loin de la Création pervertit par l’homme.
La rencontre avec Dieu est le but de la retraite, l’aimer « Dieu nous a aimé le premier jour pour que nous l’aimions « ( 1 Jn 4,10) et aimer les autres ; acquérir et conserver la paix intérieure, la paix du cœur. Nos hôtes, l’abbé Pozetto et l’abbé Roseau vont nous amener progressivement à nous dépouiller, à nous abandonner à Dieu, en toute liberté, en toute intelligence par les méditations, ces conversations avec Dieu, par les prières, par les louanges qui rythment les journées. Pour aimer il faut connaître, réfléchir, approfondir, contempler et pourquoi pas, appliquer. C’est un cœur éclairé, libéré de l’étroitesse des limites imposées par l’extérieur que nous allons façonner une liberté intérieure, cadeau de la tendresse divine, infiniment plus belle et profonde que « la liberté de l’homme moderne ».
La semaine s’organise et chaque jour la rencontre devient plus lumineuse, plus belle, plus repentie.

Cette liberté intérieure nous allons l’acquérir par la connaissance de nos pêchés, pour nous en dépouiller, pour comprendre cette malice intrinsèque et faire miséricorde le corps dévêtu, le corps qui se donne ( miseris core dare).
Le pêché, un mot qui définit la laideur surtout si celui- ci est volontaire. Jésus le dit lui –même « il n’est hors de l’homme rien qui entrant en lui puisse le souiller…c’est ce qui sort de l’homme qui le souille » (Mc 7-14). Car c’et une arme du démon de chercher à nous faire perdre la paix à nous décourager par la vue de nos fautes. Pourtant il fait trop beau, le lac est toujours aussi calme, pourquoi n’irai-je pas me baigner ? L’oraison peut bien attendre …Le démon est là, qui rôde mais juste au moment où la pensée ne repousse pas cette envie de baignade, le vent se met à souffler fort autour de la Bergerie et rafraîchit l’air « un vent violent et fort déchirait les montagnes … » ( 1 Rois 19.9-11). Mes sens sont alertés : le froid, le plissement de l’air…un instant détourné de Dieu et du voile de silence qui m’enveloppe, je triomphe en résistant …c’est affaire de volonté. Je me rappelle la parabole du Semeur, loin d’écouter le démon qui m’incite à remettre au lendemain ce que je peux faire le jour même, qui m’étouffe sous les épines, je me montre indifférente et le blé pousse….
Je reprends la répétition des exercices de méditations, je reviens auprès de Dieu qui m’attendait. Car il est capable de tirer du bien de nos propres fautes « l’Amour de Dieu tire profit de tout, du bien comme du mal qu’il trouve en moi « , ( Sainte Thérèse de l’Enfant –Jésus). Et librement nous pouvons le servir, mais je suis plus humble car la petite pique du démon a démontré ma fragilité. Le repousser, se détourner des choses concrètes, aider par la solitude silencieuse que j’ai choisie, loin de ma famille, de mes amis, de la maison, de mes affaires, je peux m’approcher du Seigneur en toute quiétude. Je connais maintenant l’étroitesse de mon cœur et je deviens de plus en plus disposer à recevoir la bonté divine.
Plus j’avance dans la semaine plus je « m’habille de Jésus-Christ» (Saint Paul) et l’espérance qui me manquait tant vient enrichir mon cœur. La vie de Jésus occupe la dernière partie de la semaine.

Alors que je croyais bien connaître cette vie, elle m’apparaît dans une infinie grandeur. Là aussi le Christ que je percevais, était à ma mesure, bien vulgarisé, une sorte de fiction que les images racontaient à leur manière. Il y a pourtant un tel Amour dans cette vie.
Les mystères joyeux racontent la vie cachée de Jésus et nous font approcher le mystère de l’Incarnation. « Cet Amour …l’Incarnation : lui. Dieu Créateur, venir vivre sur la terre comme une créature » écrit Charles de Foucault dans « vivre l’Evangile ». Et bien oui, il l’a fait, il est venu ce Dieu immense dans l’infiniment petit d’une étable pleine de paille. La charité, la pauvreté, l’humilité, l’obéissance, la liberté du choix, il nous a donné tout cela et encore plus…et en restant à la dernière place « délaissé, exilé, persécuté, supplicié.. , en se mettant tous les jours à la dernière place « ( Ch. De Foucault « voyage dans la nuit »). Alors je ne peux qu’en profiter, il en a fait des « folies d Amour de l’Incarnation au Calvaire et à l’Eucharistie…c’est pour quoi ? « ( Père d’Elbée). C’est pour mon Salut, pour me rendre heureuse il a tout donné « le centuple » ( Mt. 19.29), pour m’accueillir dans la vie éternelle. C’est beaucoup mais c’est si bon. il fallait cette Passion pour connaître combien Dieu nous aimait mais en retour il provoque notre Amour pour notre Salut….

Les cinq jours de la retraite s’achèvent, il me semble avoir encore tant à apprendre mais une sorte de paix m’enveloppe, une grande confiance, sereine, pleine de miséricorde et d’Amour. Celle lumière dont j’avais perçue l’intensité le premier jour est en faite pleine d’Amour et ces quelques jours loin du monde extérieur m’ont permis de voir ce que je ne voyais pas. Lors d’une nouvelle apparition au lac de Tibériade, Jésus remplit les filets. Tant qu’on travaille sans Jésus on ne peut rien faire, tout reste vide mais lorsqu’on pense à lui les filets deviennent lourds, ils s’emplissent d’Amour.
Je laisserais M. L’abbé Pozetto conclure ce témoignage car ses derniers mots en cette fin de matinée du samedi résonnent encore « ce monde est beau… il y a de belles choses ….le Christ, l’Eucharistie, la Vierge Marie, le Pape …des lys de pureté dans le cloaque des impuretés … » je ferais tout pour que ces « belles choses « restent en moi durant l’année qui s’annonce.

Pascale B.
La Bergerie – Besançon juillet 2008


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