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SERMON DE M. L’ABBE JOHN BERG
NOUVEAU SUPERIEUR GENERAL
de la Fraternité St-Pierre
à l’occasion du Chapitre général et du 18e anniversaire de la fondation


Wigratzbad, 18 juillet 2006


Non vos me elegistis : sed ego elegi vos, et posui vos, ut eatis, et fructum afferatis : et fructus vester maneat. (Jn 15,16) Ce n'est pas vous qui m'avez choisi ; mais c'est moi qui vous ai choisis et vous ai établis pour que vous alliez et portiez du fruit et que votre fruit demeure.


      Chers confrères,

Quelle joie d’être ensemble réunis en Chapitre pour le 18e anniversaire de la fondation,- à Hauterive-, de notre institut, la Fraternité Saint-Pierre.

Ces mots qui se trouvent à la fin de l’évangile aujourd’hui, pour la fête de Saint Camille, en cette date de notre anniversaire, sont évidemment adressés aux apôtres. Ils font partie justement de la « prière sacerdotale » de Notre Seigneur, ses dernières instructions avant la Passion. Ils sont souvent appliqués à tout prêtre pour montrer son élection par Notre Seigneur.

Mais aujourd’hui, je crois qu’ils doivent être appliqués à notre fondation, la Fraternité Saint-Pierre, à notre élection par la Providence divine. Pendant nos travaux comme prêtres, jour après jour, nous rencontrons beaucoup d’obstacles . Il y a par exemple les limitations posées à la célébration de la Messe traditionnelle dans certaines régions où les directives généreusement accordées par le Saint-Siège ne sont pas appliquées. Il y a également l’opposition de ceux qui se sentent menacés par notre existence dans l’Eglise. Il existe aussi évidemment les faiblesses de notre propre communauté, comme -par exemple- un certain manque de communication parfois, etc … Il est facile de finir par considérer les choses d’une manière trop naturelle, qui oublie le grand rôle qui nous a été confié par la Providence, qui dirige tout suaviter (avec douceur), comme dit souvent St Thomas.
“Non vos me elegistis: sed ego elegi vos.” Nous devons être très fiers de notre institut et de son rôle dans l’Eglise. Evidemment, ça ne doit pas être une fierté qui nous rendrait orgueilleux, en nous laissant penser que nous serions « le salut de l’Eglise », ou quelque chose de ce genre. Heureusement, toutes nos faiblesses nous sauvegardent de tomber dans une telle erreur. En vérité, c’est plutôt une fierté qui nous donnera la confiance et le courage de continuer dans une complète fidélité à notre fondation, à notre charisme propre, à notre véritable identité.
Il me semble que l’on peut identifier ce charisme en trois éléments essentiel, trois grands piliers pour notre Fraternité :

1) Le premier est que nous sommes une fondation au cœur de l’Eglise, ou bien comme le dit le Cardinal dans sa lettre adressée au chapitre : “sub Petro et cum Petro”. 18 ans après la fondation, je ne pense pas que nous sommes suffisamment conscients du courage de nos fondateurs, à qui il fût demandé, un peu comme à Abraham, de quitter la seule maison qu’ils aient connue jusque-là, et de placer toute leur espérance dans le Bon Dieu et dans Son Eglise. Il est difficile pour nous de réaliser à quel point cela dût être difficile pour eux d’aller contre les décisions de Mgr Lefebvre, qui était comme leur père dans un monde en crise.

2) Deuxièmement, nous sommes une fondation fidèle à la théologie fondée sur ce que les papes ont appelé la philosophia perennis, réaliste, basée sur Saint Thomas d’Aquin. Cette philosophie, qui est souvent dans beaucoup de facultés ecclésiastiques présentée comme simplement une voie parmi d’autres, ou encore pire comme quelque chose de dépassé, est -selon la pensée des Papes des deux derniers siècles- la réponse appropriée au modernisme qui menace toujours l’Eglise. Quelle grande grâce d’avoir cette théologie comme fondement des études dans nos séminaires ! Quelle grâce de pouvoir former ainsi des prêtres qui la feront passer indirectement aux fidèles à travers leurs sermons, conférences et catéchisme.

3) Notre fondation, enfin, se caractérise par ce qu’elle met la Messe au centre de la vie de chacun de ses prêtres. C’est une fondation qui a cette grande grâce de garder le rite de St Pie V, ou de St Grégoire le Grand. Et pas seulement le rite, mais aussi les disciplines. C’est véritablement la marque identitaire de notre institut. Les rites sont d’une grande importance, car il est évident que l’homme n’est pas un ange, il n’est pas une pure intelligence, mais il est composé de l’âme et du corps. Cette vérité est résumée dans un adage anglais qui dit que « les actions parlent plus fort que les mots ». Par conséquent, il ne faut pas seulement de l’instruction catéchétique pour répondre à la perte de la foi. Il faut aussi un rite qui manifeste à chaque moment les vérités qui sont présentes dans la messe : le renouvellement sur l’Autel du Saint-Sacrifice de la Croix et la Présence Réelle du Christ dans l’Eucharistie.

Il est de notre devoir comme Chapitre d’être fidèles à tous ses éléments. Ce serait une faute fatale de laisser de côté l’un d’entre eux, ou bien d’exagérer l’un au détriment d’un autre. Ces éléments ne peuvent jamais être mis en opposition. Les documents récents adressés par l’Eglise aux instituts comme le nôtre –par exemple Congregavit nos in Unum- disent clairement qu’un institut se détruit s’il perd de vue son charisme propre. Nous devons reconnaître que, parfois, dans l’accomplissement de notre apostolat, c’est une grande tentation de nous présenter d’une manière très générique, parce que cela semble, sur le moment, rendre la route ici ou là plus facile. Mais à quel prix ! Et nous n’en avons pas le droit.

Aujourd’hui, en cet important anniversaire, nous devons d’abord rendre grâce à Dieu, qui dans sa Providence nous a placés (posui vos) là où nous sommes, en offrant le saint sacrifice de Son Fils à la Messe ; nous devons également honorer nos fondateurs pour leur confiance en Dieu à un moment si difficile dans l’Eglise, mais surtout nous devons penser à notre responsabilité propre en tant que Chapitre, et nous devons nous conformer au charisme de notre Fraternité, ne jamais chercher à changer la Fraternité, sa mission, ses éléments de fondation même quand en apparence cela semble être le moyen le plus pratique et efficace.

Confions-nous en la Très sainte Vierge Marie, Notre Dame de la Victoire, comme elle est vénérée ici à Wigratzbad, et demandons lui de nous faire participer un jour et pour toujours à la victoire de son Fils.


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