Bulletin n°4 - Décembre 2003

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Pratiquement, nous savons que les âmes qui se sont données à l'Immaculée complètement et sans limites, connaissent mieux le Seigneur Jésus et les mystères de Dieu. La Mère de Dieu ne peut conduire ailleurs qu'au Seigneur Jésus.
St Maximilien Kolbe

 

Mot de l'abbé François Pozzetto, directeur de l'Oeuvre des Retraites

                    Chers retraitants,

A l'approche de Noël, nous voulons nous tourner vers l'Immaculée, fêtée le 8 décembre, et lui confier, avec vous tous, l'Oeuvre des retraites.
   
Nous vous proposons pendant 9 jours, seul ou en famille, de préparer cette grande fête et à l'issue de consacrer notre Oeuvre à Notre Dame ; c'est Elle qui a donné à Saint Ignace ces merveilleux Exercices, c'est Elle qui doit en assurer la propagation à travers le temps, sans oublier notre et votre persévérance.
   
En cette belle fête du 8 décembre, je célébrerai la messe pour notre Oeuvre et la consacrerai, en votre nom, à la Chapelle de la rue du Bac afin que, de plus en plus, nous soyons fidèles à Son Fils et à l'Eglise qu'Il a fondée. Puis-je compter sur votre profonde union de prières ?
   
Je sais que oui et vous en remercie. Depuis le mois de juin, c'est deux nouveaux champs d'apostolat qui se sont ouverts : au Canada, avec 33 retraitants dont un prêtre, un diacre permanent et son épouse et des retraitants enthousiastes ; en 2004, une autre retraite sera prêchée dans ce beau pays ; et à Nantes, une retraite mixte, avant les deux séparées de février.
    Beaucoup d'entre vous doivent renouveler leur retraite ; voyez les nombreuses dates proposées fin 2003 et surtout en 2004 ; j'attire votre attention sur les deux retraites pour les enfants de 11 à 13 ans à Epernon, près de Chartres. Ne laissez pas passer le temps pour vous, chers retraitants, et pensez à être missionnaire. « Caritas Christi urget nos » : « la Charité nous pousse à aller vite » car les temps sont difficiles et il faut être armés pour mener le bon Combat de la Foi.
   
La récente béatification de Mère Térésa est un profond encouragement à poursuivre l'oeuvre commencée, elle qui suivait les Exercices chaque année.
   
Que Dieu vous bénisse et soit votre consolation et que Notre Dame vous encourage dans vos résolutions. Sainte fête de Noël.

 Abbé François Pozzetto
Directeur de l’œuvre des Retraites

 

 

Durer dans la priere

par le RP Jean Abiven, o.c.d.

(Voici la deuxième partie de ce texte, initialement paru dans la revue Carmel n°98, en décembre 2000.
La première partie est lisible dans notre bulletin n°3, mais également sur ce site Internet).

 

Quand Dieu impose silence

Il pourra se faire aussi que le partenaire silencieux nous impose à son tour le silence. Saint Jean de la Croix a parlé de cette grâce et en a donné les signes dans la Montée du Carmel et dans la Nuit Obscure. Il arrive que notre oraison nous apparaisse comme d'un vide total. On essaie d'y remédier par la lecture, mais bien vite on laisse tomber le livre : impossible de poursuivre. Impossible aussi, du reste, de méditer en enchaînant des idées. Inquiet, on se demande si on n'a pas été infidèle de propos délibéré, ou si l'on n'a pas quelque attache, même légère, que l'on refuse de rompre et pour laquelle le Seigneur se retire. Mais non. On connaît, bien entendu, quelques fautes de fragilité qui nous échappent et dont on demande immé­diatement pardon, mais on ne voit rien qui ait le caractère d'un refus conscient et volontaire. Bien au contraire, on a le désir ardent d'aimer le Seigneur, de le préférer à tout, et l'on souffre de se voir si médiocre.

Ne serait-ce pas alors que le Seigneur commence a se communiquer à nous, mais à sa manière : à nous faire goûter qui il est ? Mais comme il est l'Inconnaissable, l'Au-delà de tout - s'il y avait quelque commune mesure entre Lui et nous, il ne serait pas Dieu - il se fait connaître comme... le Rien. Il est lumière, mais une lumière si puissante qu'elle plonge notre faible entendement dans le noir et nous aveugle comme l'oiseau de nuit exposé à la lumière du jour. Il est la Beauté et la Bonté, mais elles dépassent tellement notre capacité de jouir qu'elles ont pour nous le goût du néant. Notre oraison nous paraît vide, irrémédiablement. Ce vide toutefois ne nous empêche pas de revenir au rendez-vous et d'y être exacts. On s'y rend sinon avec empressement, du moins avec sérénité. Mais une fois qu'on y est, on se retrouve dans ce même état de sécheresse et on ne sait comment en sortir.

Il est important, alors, de ne pas rester seul. Il faut consulter : un confesseur, un guide spirituel au courant de ces choses. Il saura opérer un discernement que, livrés à nous-mêmes, nous ne pourrions faire sans danger de nous tromper. Celui-ci se gardera bien sans doute de nous dire : « Vous êtes dans telle ou telle Demeure » (ce qui du reste n'aurait pas grand sens). Mais il pourra nous indiquer une ligne de conduite. Il nous invitera selon les cas, ou à revenir à la lecture et à la méditation (s'il ne s'agit pas vraiment d'un début de contemplation infuse) ou à nous efforcer de rester en paix dans ce vide. Dans ce dernier cas, il nous faudra seulement « jeter de temps en temps quelques brindilles pour entretenir la flamme », selon le conseil de sainte Thérèse : proférer quelques paroles de psaume, quelques versets d'évangile. Quittes du reste à nous rendre compte que nos brindilles, apparemment, ne font jaillir aucune flamme et semblent tomber à plat.

En revanche, il arrivera parfois que nous ne sentions pas le temps passer. La question de « durer » ne se pose plus. Voici le témoignage d'une religieuse. Elle parle « de ces temps d'oraison où vous êtes plongé dans les profondeurs de votre âme, tellement en profondeur qu'il vous faut du temps pour remonter et revenir à la réalité ; ces oraisons où vous n'avez pas vu le temps passer, où vous ne savez pas ce qui s'est vécu, qui nous laissent une sensation de plénitude, de paix et dont vous avez l'impression qu'elles continuent tout au long de vos journées. C'est comme un repos des profondeurs, silence intérieur par un dépouillement total de soi et de tout ce qui n'est pas Dieu. Un jour, le Seigneur nous fait découvrir qu'il est là. La Trinité est là en nous, et nous en elle ». Dans ces cas-là aussi il est bon de consulter le confesseur ou le conseiller spirituel, afin de se garder de l'illusion. Mais il faut savoir que ce sont là des choses qui arrivent. Avec du plus et du moins.

En tout cas, ce serait une erreur funeste de croire que l'on peut produire par soi-même ces états ou qu'il existe des méthodes pour y parvenir. En saine doctrine chrétienne, quand Dieu fait toucher du doigt en quelque sorte qui il est, c'est faveur gratuite de sa part. On ne met pas la main sur ses dons. Et ceci démarque la tradition chrétienne par rapport à d'autres sagesses qui préconisent des techniques pour opérer un vide mental débouchant sur une soi­disant expérience de Dieu. Le Seigneur donne ses faveurs quand il veut, comme il veut, à qui il veut. Mais il les donne de préférence au petit pauvre qui sait n'avoir droit à rien, mais qui tend sa sébile avec confiance et persévérance.

Durer tout au long de la vie

Ceci nous introduit à une nouvelle dimension de notre problème. Durer dans la prière, ce n'est pas seulement tenir le temps fixé. C'est aussi revenir jour après jour au rendez-vous, tout au long d'une vie. En sachant que si Dieu n'a pas de plus grand désir que de se donner, il demeure cependant souverainement maître de ses dons ; et qu'il agit selon une logique, toute d'amour sans doute, mais qui nous dépasse infiniment. De sorte que certains seront très vite comblés, alors qu'il creusera pendant longtemps le désir de certains autres ; que certains connaîtront une expérience spirituelle très sensible, du reste gratifiante ou douloureuse, tandis que d'autres seront conduits par la voie d'une contemplation sèche, telle que nous l'avons décrite. Le prophète Elie dut marcher dans le désert quarante jours et quarante nuits - chiffre de plénitude - avant de faire, au mont Horeb, la rencontre du Seigneur (1 R 19,11s). Et cette rencontre se fit sur le mode quasi imperceptible d'une brise légère. Quoi qu'il en soit des modali­tés de cette quête de Dieu, personne n'évitera la traversée du désert.

Saint Jean de la Croix en a balisé la route. Il nous invite à prendre, de notre propre initiative, le chemin du désert, en éliminant de notre parcours tout ce qui pourrait nous détourner de Dieu. Son exigence est radicale. Nous devons détacher notre cœur de tout ce qui n'est pas le Seigneur : dans une liberté intérieure qui nous amène à user de tout comme n'en usant pas, mais qui suppose, si on ne veut pas se leurrer, un certain nombre de privations réelles. Il va plus loin encore, en nous expliquant que seule la foi peut nous unir au Seigneur. La foi, c'est-à-dire un mode de connaissance selon lequel on tient pour vrai ce qu'on ne voit ni ne sent ni ne touche. Ce qui met notre esprit dans une situation pour laquelle il n'est pas fait, analogue, pourrait­-on dire, à celle du poisson tiré au sec.

Mais ceci n'est que le commencement. Si le Seigneur prend au sérieux notre démarche, il interviendra, mais à sa manière. Ce seront alors les « nuits passives », dans lesquelles Dieu se donne à nous et nous fait déjà éprouver ce qu'il est. Mais il le fait comme le feu se donne à la bûche : en plongeant l'âme dans un univers qui n'est pas le sien et en l'aveuglant, nous l'avons dit, comme la lumière aveugle l'oiseau de nuit ; puis en faisant noircir la bûche, en la faisant pleurer, fumer, crépiter, c'est-à-dire en découvrant à l'âme sa laideur et son péché, de sorte qu'elle éprouve combien elle est, par nature, opposée à Dieu. Epreuve purifiante, aussi pénible que si l'âme vivait son propre enfer, encore qu'il y reste l'espérance et l'amour, non sentis toutefois. Ceci peut durer plus ou moins longtemps, être plus ou moins intense. Mais il semble très rare qu'un vrai chercheur de Dieu y échappe. L’occasion, du reste, peut en être une épreuve comme maladie, tentation, problème de relations en famille, mission difficile ou, tout simplement, vieillissement. C'est la traversée du désert.

Le moment est alors venu de « persévérer dans la prière ». On n'en voit plus le sens ni le profit spirituel qu'on en tire. Mais il faut avancer jour après jour sans se décourager. C'est ici qu'il est bon de se rappeler la comparaison géniale de Thérèse de Lisieux. Le tout petit qui aperçoit sa maman en haut de l'escalier, alors qu'il est en bas, voudrait bien la rejoindre. Pour cela, dit Thérèse, il lève son petit pied, afin de monter sur la première marche. Mais il est trop petit, il n'y parvient pas. S'il abandonne la partie, la maman pensera qu'il est bien là et elle l'y laissera. Mais s'il continue à esquisser le geste de vouloir monter, il n'y parviendra pas davantage. C'est la maman, elle, qui comprendra. Elle descendra, le prendra dans ses bras et le portera tout en haut.

Nous ne connaissons pas le moment où Dieu décidera de nous porter pour nous faire gravir l'escalier et nous introduire à cette expérience, gratifiante ou douloureuse, de la communion avec lui. Sainte Thérèse d'Avila nous avertit même que pour certains Dieu se réserve de leur donner toutes ses faveurs en bloc quand ils arriveront à lui après leur mort. Ce qui veut dire qu'ils auront à persévérer toute leur vie dans la tâche pénible qui consiste à tirer l'eau du puits à l'aide d'un seau. Qu'ils ne se découragent pas. Dieu sait ce qu'il fait. Insensiblement, il les façonne. Et, selon le titre d'un article déjà paru dans cette revue, il les fait passer d'une pauvre oraison à une oraison de pauvre. Ce n'est pas nécessairement la plus mauvaise part, quand on se souvient de la prédilection du Seigneur pour les pauvres de cœur.

Notre époque, ou du moins notre Occident déchristianisé connaît à la fois le renouveau charismatique et le phénomène dit des « recommençants » : ces hommes et ces femmes souvent baptisés, catéchisés même, qui, après avoir erré à tout vent de doctrine en cherchant un sens à leur vie, reviennent à la foi dans laquelle ils ont baigné pendant leur enfance. Les groupes du Renouveau sont souvent le lieu de leur première expérience en Eglise. Une ferveur sentie accompagne fréquemment leur prière et leurs démarches religieuses. Ils ont parfois l'impression - pas nécessairement fallacieuse - de toucher du doigt la présence divine. Il est bon cependant qu'ils soient avertis de l'étape incontournable du désert. Comme leurs frères et leurs sœurs qui sont familiers de la prière depuis leur jeune âge, ils auront aussi à « durer » dans la prière. Bien loin d'être une régression, cette aridité marquera le sérieux de leur condition chrétienne. Tant il est vrai que, confrontés à l'Eternel et en route eux-­mêmes vers l'éternité, les humains ne peuvent faire l'économie de la durée. Elle fait partie de leur condition d'êtres corporels, soumis à la loi du temps.