Bulletin n°3 - Juin 2003

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Le culte du Sacré-Cœur est l’acte de religion par excellence.
Pie XII

Mot de l'abbé François Pozzetto, directeur de l'Oeuvre des Retraites

                    Chers retraitants,

Voici notre troisième Bulletin de liaison ; il veut vous aider surtout à persévérer dans la prière et si possible à trouver un temps d’oraison chaque jour. C’est indispensable pour continuer à bénéficier des fruits de la retraite.

Vous recevez aussi le nouveau programme des retraites jusqu’en février 2003 ; à chacun d’en faire bon usage pour lui et bien sûr les siens. Nous faisons un effort pour multiplier les dates et les lieux : à vous de répondre généreusement. Il est indispensable de faire une retraite - au moins trois jours - chaque année pour avancer sur le chemin de la sainteté que vous désirez tous. Je recommande particulièrement à votre attention les retraites à Nantes, nouveau lieu de prédication et les retraites pour adolescents (octobre) et enfants (février). Les places sont limitées.

        Permettez-moi aussi de revenir sur l’acte posé à Rome par le Cardinal Castrillon-Hoyos, le 24 mai, en la Basilique Sainte Marie-Majeure, pour vous aider à en mesurer toute la portée.

La dernière fois que j’ai assisté à une messe pontificale dans cette basilique, c’était en 1975, lors de l’Année Sainte avec le pèlerinage « Credo » et la Fraternité Saint-Pie X. Mgr Lefebvre eut bien du mal à célébrer car le cérémoniaire de la Basilique lui imposait le nouveau Missel et le cérémoniaire du prélat devait continuellement remettre sur le pupitre le missel tridentin.

En 28 ans, quelle heureuse évolution : l’actuel cérémoniaire a facilité cette messe ; il est même venu communier de ma main, cinq cardinaux ont assisté en grande tenue, des évêques, des centaines de prêtres et de séminaristes, près de 2000 fidèles accourus spontanément à cette messe. Au début , un message du Pape écrit par le Secrétaire d’Etat a été lu et surtout le Cardinal Castrillon-Hoyos a parlé du « droit de citoyenneté » de la messe traditionnelle.

Une page est tournée ! Deo gratias ! Il y a encore du chemin à parcourir avant la libre célébration de la messe de Saint Pie V partout dans le monde mais l’heure de cet immense bonheur n’est peut-être plus très loin. Alors, prions, supplions et gardons l’Espérance.

Pour nous y aider le récent Pèlerinage de Chartres  nous a permis de vivre des jours incroyablement remplis de grâces dont celle de cette magnifique messe pontificale et de ce sermon qui a touché tant de cœurs ; merci à Mgr André Fort d’avoir su nous parler et nous envoyer en Mission.

J’aurais encore beaucoup de choses à vous dire mais j’attends de vous retrouver en retraite.
        Les autres prédicateurs se joignent à moi pour vous redire tout notre dévouement, la joie de vous voir si fervents au cours des retraites.

Croyez, enfin, à notre prière et à nos vœux de saint repos pour chacun.

Abbé François Pozzetto

Directeur de l’œuvre des Retraites

 

 

 

La vie entière est axée sur l’éternité. J’ai souvent entendu dire, par des gens blasés, que ceux qui n’ont pas goûté à la coupe des plaisirs ne savent pas ce que c’est que la vie. On dit cela, dans le monde, des jeunes hommes ou des jeunes filles restés purs ! Comme si le secret de l’existence humaine se révélait dans la griserie des voluptés qui passent !… Non ! Pour savoir ce qu’est la vie, il faut avoir beaucoup médité sur la mort , sur le jugement, sur le ciel et l’enfer. On sait alors quel enjeu formidable est engagé dans le drame de l’existence. Ce n’est qu’en fonction de l’éternité qui en est le but et la fin, que le temps peut se comprendre. 
Mgr Cristiani

 

 

Durer dans la priere

par le RP Jean Abiven, o.c.d.

 (Nous vous proposons ici la première partie de cet excellent texte, initialement paru dans la revue Carmel n°98, en décembre 2000.
Notre prochain bulletin vous permettra d’en lire la suite et fin).

« Ils persévéraient dans la prière, avec quelques femmes et Marie, la mère de Jésus » (Ac 1 14). Le livre des Actes nous présente ainsi les Apôtres attendant la venue de l'Esprit Saint. Même si les versions modernes préfèrent l'expression « ils étaient assidus », nous pouvons tenir la mention de la persévérance comme fidèle au texte original. Ceci attire notre attention sur cette vérité que, dans la prière, il faut persévérer, c'est-à-dire prendre en compte le temps.

Donner au Seigneur le temps fixé

Saint Ignace de Loyola, dans les Exercices spirituels (12e annotation) fait cette remarque : « Que le retraitant soit heureux d'avoir donné à Dieu une heure entière ». On connaît la règle prescrite par les Exercices : quatre fois une heure d'oraison dans la journée. Dans la vie courante, on ne peut pas toujours réserver au Seigneur une heure d'affilée. Mais il est important d'aller jusqu'au bout de l'échéance qu'on s'est fixée selon ses possibilités. Et, à ce compte, on peut espérer, comme le dit saint Ignace, être heureux d'avoir donné au Seigneur le temps qu’on a promis.

Il faut en effet se rendre compte que la prière est d'abord - et fondamentalement - quelque chose d'aussi simple et, pourrait-on dire, d'aussi humble que cela : un quart d'heure, une demi-heure, une heure que l'on offre au Seigneur. Ceci, avant même d'être louange, action de grâce, intercession ou demande de pardon. Comme un tableau qui, avant même d'être un portrait, un paysage ou une nature morte, est une surface colorée de telle et telle dimension.

Car notre condition d'êtres corporels est de vivre dans le temps, c'est-à-dire dans une durée qui évolue. Le temps, nous avons appris à en prendre une mesure mathématique, objective, valable pour tous : en nous fondant sur le mouvement de la terre ; en divisant la durée de sa rotation en vingt-quatre heures, les heures étant elles­-mêmes fractionnées en minutes et secondes. Sur un terrain de football, l'arbitre consulte son chronomètre, dont la précision doit en principe clore toute contestation. Pourtant, pour l'un des camps, les dernières minutes passent beaucoup trop vite, alors que pour l'autre elles n'en finissent pas. Car le temps concret, tel que nous le vivons, dépend de notre mouvement intérieur, de ce qui se passe au-dedans de nous. Et. dans la prière, il arrive que nous ne sentions pas le temps passer, alors qu'à d'autres moments nous faisons comme sainte Thérèse d'Avila, dont l'attention se tournait, malgré elle, vers les sonneries de l'horloge.

 Dieu, lui, ne vit pas dans le temps. Car il n'y a en lui, dit saint Jacques, « aucun changement, ni l'ombre d'une variation » (Jc 117). Or il n'y a de temps que s'il y a du changement, lequel introduit un avant et un après. Nous sommes totalement incapables d'imaginer ce perpétuel présent dans lequel se situe le Seigneur. Non plus, du reste, que la durée dans laquelle vivent ceux qui sont près de Dieu, où nous espérons nous-mêmes être introduits après notre mort. Mais la foi nous enseigne - ou du moins l'expérience des saints - que pour nous mettre à l'unisson du perpétuel « maintenant » de Dieu, nous qui sommes immergés dans le temps, il nous faut être fidèles à l'appel qu'il nous adresse au moment présent, à nous donner avec amour à notre propre « maintenant », quittes à accepter d'être bousculés par le « maintenant » qui va suivre immédiatement. Telle est l'union à Dieu dans l'action, que saint Ignace assigne comme objectif à son retraitant ; ou la prière perpétuelle, idéal du Carmel, qui à moins de grâce exceptionnelle ne consiste pas à « beaucoup penser, mais à beaucoup aimer »; et donc, non pas à avoir l'esprit toujours occupé par la pensée du Seigneur, mais à unir, chaque instant, notre volonté à la sienne, en répondant avec amour à l'appel du moment présent.

Toutefois, il est un autre moyen d'être à l'unisson du Seigneur dans son perpétuel présent. C'est de nous tenir devant lui dans la prière, et notamment dans la prière silencieuse. Il s'agit alors de faire coïncider notre volonté à la sienne durant un temps donné. Ou, pour mieux dire, de nous livrer tout entiers à l'action bienfaisante de son Amour Miséricordieux. Comme l'estivant qui se dore au soleil ! Nous nous tenons devant lui, un quart d'heure, une demi-heure, une heure, selon la condition qui est la nôtre ou ce que nous prescrit notre règle de vie. Il importe alors de ne pas tricher et de donner à Dieu le temps fixé.

Notons tout d'abord qu'il faut que ce « temps fixé » le soit... à l’avance. Psychologiquement, ce n'est pas du tout la même chose de partir pour un quart d'heure ou pour une demi-heure. Et si l'on n'a pas déterminé le moment auquel on finira, il y a bien des chances pour que l'on parte dès que se fera sentir une certaine lassitude. Alors qu'il nous faut goûter la satisfaction dont parle saint Ignace, en « tenant » jusqu'à l'échéance.

Meubler le temps

Nous voilà donc partis. Encore faut-il que le « frère âne » ne réclame pas trop tôt ses droits. Faire oraison, c'est d'abord une question de bonne position corporelle. « Etre bien assis », recommandait un maître de formation. Durer dans la prière ne doit pas avoir le caractère d'une épreuve d'endurance physique. « Quand je prie, je prie. Et quand je fais pénitence, je fais pénitence. Je me garde de confondre les deux ». Retenons cet autre propos d'un formateur. Car si l'on veut durer, il est bon d'adopter une attitude corporelle qui permette à la fois de se recueillir, c'est-à-dire de se prendre en mains - être vautré n'est pas recommandé - et de pouvoir le faire sans fatigue. Un petit livre plein de sagesse préconise, à la suite de bien des maîtres, une certaine assise qui favorise le recueillement de l'âme. En tout état de cause, c'est à chacun de trouver, par essais et erreurs, ce qui convient le mieux à sa propre physiologie.

     Et maintenant que nous sommes à pied d’œuvre, que mettons-­nous dans notre prière ? N'allons pas penser que la meilleure oraison sera celle où nous aurons déroulé intérieurement des pages et des pages de belles considérations devant le Seigneur. N'ayons pas peur de nous taire, de le laisser à son tour placer un mot. Ce n'est pas l'absence de bruits ou de sons proférés qui est seulement requise. C’est aussi le silence intérieur. Ce qui signifie que, parfois, non seulement on ne dise rien, mais qu'on ne pense rien. On se contente de se tenir là, « immobile et paisible », selon l'expression de la bienheureuse Elisabeth de la Trinité.

   


    Sans doute, il est nécessaire d’avoir un « sujet d'oraison ». Qu'on vienne à la prière en sachant ce dont on va s'entretenir avec le Seigneur. « Quelle est la personne qui, pour étourdie qu'elle soit, lorsqu'elle sollicite un personnage important, ne réfléchit d'abord à la manière de présenter sa requête, de manière à lui être agréable et à ne pas l'importuner... »
. Sainte Thérèse d'Avila, qui parle ainsi, nous avertit qu'elle a gardé pendant des années un livre auprès d'elle pour le cas où elle ne saurait que faire pendant l'entrevue avec son Seigneur. On aura donc préparé un passage d'Écriture, une scène d'évangile, un texte liturgique ou spirituel. Toutefois, l'oraison n'est ni une étude ni une réflexion prolongée. Elle est une entrevue avec Quelqu'un à qui l'on tient compagnie. Mais quelqu'un qu'on ne voit ni n'entend, ni ne touche. Et l'enchaînement de nos pensées risque de se tarir bien vite.

     Viennent alors les distractions. Car, on le sait bien, l'imagination ne cesse de trotter. De fait, c'est son rôle. Et nous pouvons à certains moments nous trouver emportés par elle très loin de la présence du Seigneur. Gardons-nous de nous en étonner, encore moins de nous en irriter. Revenons très calmement à cette présence : « Il est vivant le Dieu devant qui je me tiens » (1 R 17,1). Puis reprenons contact avec notre texte d'Ecriture, remettons-nous devant les yeux les faits et gestes du Seigneur, la scène d'évangile à laquelle nous nous sommes attachés. Et ne soyons pas surpris qu'il nous faille répéter maintes et maintes fois cette démarche durant le temps de l'entrevue. S'il s'agit du jeu normal de notre imagination, auquel nous n'avons pas prêté d'attention volontaire, nous n'aurons guère souvenir des objets vers lesquels nous avons été portés. Et nous n'aurons pas lieu de nous en culpabiliser. Car nous nous sommes mis - et remis ! - maintes fois en présence du Seigneur ; et quand notre attention a faibli, que nous nous sommes retrouvés emportés loin de lui, nous n'avons pas pour autant rétracté volontairement notre propos. Du reste, ne nous est-il pas arrivé d'avoir en même temps une conscience, vague sans doute mais très profonde, bien au-delà du niveau de notre imagination, que nous demeurions en présence du Seigneur ?

     C'est, nous semble-t-il, cette attitude que décrit sainte Thérèse d'Avila quand elle nous engage à tirer l'eau du puits à l'aide d'un seau pour arroser notre jardin : relire tel passage de l'Ecriture, répéter tel verset de psaume, telle aspiration très simple, recourir à la prière vocale. Ou encore laisser monter en soi telle aspiration très confuse, tel élan d'amour très mal formulé. Quand on lit les élévations spirituelles de Charles de Foucauld, on est frappé de leur extrême simplicité, de leur pauvreté même, serait-on tenté de dire. Et encore, elles ont dû être reconstruites pour être écrites. Nul doute que si nous étions munis d'une sorte de magnétophone spirituel pour enregistrer nos élévations d'âme, nous obtiendrions quelque chose comme ces « gémissements inénarrables » dont parle saint Paul.

     Toutefois, les distractions sont parfois plus nocives. Elles peuvent éveiller notre intérêt et disputer la place au Seigneur dans notre cœur. Il nous faut alors combattre : opérer un acte vigoureux de renonciation au souvenir capiteux ou irritant qui veut nous accapa­rer, à l'angoisse ou à la préoccupation qui nous assaille. Et parfois, faire la place à des moyens plus importants de substitution : faire de notre prière une sorte de lectio divina en donnant une part plus grande à la lecture ; recourir à des images que l'on se contente de regarder, à des formules que l'on répète. Faire oraison dans le train ou dans le métro, c'est possible et parfois on ne peut faire autrement. Mais, au moins pour certains tempéraments, il vaudra mieux alors avoir sous les yeux la Bible ou un auteur spirituel, dont on fera une lecture lente, entrecoupée seulement de quelques élévations ou aspirations. Parfois même, on sera aux prises avec une ques­tion si préoccupante ou des sentiments si véhéments qu'on ne pourra rien faire d'autre que de s'y attacher, mais en « compagnie du Seigneur ». Comme si on lui disait : « Seigneur, il n'y a que cela dont je puisse actuellement m'entretenir avec toi. Alors pardonne­-moi si j'en fais l'objet de notre conversation ».

     Toutefois, ces moyens de faire diversion à l'ennui et aux distractions ne doivent pas nous servir d'alibi pour fuir le tête-à-tête éprouvant avec le partenaire silencieux. Nous pourrions nous donner bonne conscience en nous rendant le témoignage d'une « oraison bien remplie », alors que nous avons laissé passer l'essentiel. Car le « commerce d'amitié avec celui dont on se sait aimé » - c'est la définition de l'oraison que donne sainte Thérèse d'Avila - suppose qu’avant tout on se tienne en présence de ce partenaire mystérieux, parfois si lointain apparemment, qui, de nous deux, est l'interlocuteur principal ; et qu'on lui laisse l'initiative, en sachant, mais par la foi seule, qu'il agit dans ce silence et cette absence apparente.

(suite dans le prochain bulletin…)