Non à la Turquie dans l'Europe 

 

Lettre ouverte à M. Jacques Chirac,
Président de la République française

En faveur d'un référendum préalable à l'ouverture des négociations d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne

 

Monsieur le Président,

Vous allez porter la voix de la France au Conseil européen de Bruxelles, le 17 décembre, lorsqu'il examinera la question de l'ouverture de négociations d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne. Or cette perspective pose une question de principe qui n'a jamais été tranchée. Pour que la position que vous y exprimerez soit celle de tous les Français et non une position personnelle, elle doit être prise par les Français, par conséquent par referendum, et avant la délibération du Conseil européen. La loyauté et l'honnêteté exigent de le trancher avant qu'on ne règle les modalités d'application.

Monsieur le Président, nous sommes d'accord avec vous sur un point, l'enjeu est la Paix du continent européen. La paix ne peut se construire que sur une identité culturelle commune, base de la future citoyenneté européenne.

Le bon fonctionnement de la démocratie et le respect des droits de l'homme par la Turquie ne suffisent pas à qualifier cette identité. Nul ne conteste les progrès que ce pays a enregistrés depuis plusieurs années, quoique beaucoup revêtent un caractère plus formel que substantiel. Mais bien d'autres pays à travers le monde ont accompli les mêmes : ils n'ont pas vocation pour autant à rejoindre l'Union Européenne.

L'identité géographique et stratégique de la Turquie est orientale. 95% du territoire turc sont situés à l'Est du Bosphore ; sa capitale en plein cœur de l'Anatolie ; son implication dans le conflit irakien patente, jusqu'à revendiquer un droit de regard sur l'avenir de la région de Mossoul et ses réserves pétrolières. Veut-on pousser les frontières de l'Union Européenne européenne jusqu'au cœur du Proche-Orient et l'impliquer directement dans ses conflits ?

Ses relations avec l'Europe n'ont jamais été d'appartenance mais de conflit irréductible. Oui, l'Empire ottoman a étendu son pouvoir sur une bonne partie de l'Europe orientale et méridionale pendant plusieurs siècles : non pour s'européaniser, mais en tant que colonisateur pour l'islamiser et mettre au service de sa puissance des populations asservies et exploitées. Chypre en porte encore la marque : pouvons-nous accueillir un pays dont l'armée occupe en toute illégalité le quart du territoire d'un membre de l'Union européenne et qui y soutient un gouvernement fantoche ?

Trop de contradictions demeurent entre les fondements de la société turque et les nôtres.

L'Europe a déjà un problème d'identité.
Nous avons plusieurs langues ; diverses expressions religieuses, des traditions politiques parfois opposées, une histoire faite de conflits encore récents. Nous sommes tiraillés entre des intérêts géopolitiques différents. Comment espérer intégrer un modèle de société, certes respectable, mais tellement différent et d'un poids démographique si lourd ?. Loin de lancer un pont entre l'Occident et un Orient dont la composante arabe lui en dénie la légitimité, l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne ré-introduirait au cœur de notre continent le conflit de civilisation que nous cherchons à éviter.

Il ne s'agit pas de repousser la Turquie mais de lui proposer un contrat d'association qui pourrait aller jusqu'à lui conférer autant d'avantages économiques que ceux que la pleine adhésion lui donnerait et qui aurait pour limite la participation à nos institutions politiques européennes.

Cette position, vous le savez, est soutenue par la majorité de l'opinion européenne.

C'est elle aussi qui déjoue la volonté américaine de diluer l'identité culturelle de l'Europe et sa puissance politique.

Avec une majorité d'Européens nous pensons au contraire que l'apaisement des conflits passe par le respect de l'identité de chacun. L'entrée de la Turquie dans un projet politique européen est de nature à attiser les tensions au sein du continent et générer de nouvelles ruptures porteuses de lourdes menaces pour la paix.

Pour ces raisons, nous ne pouvons pas accepter que le peuple français soit écarté de la décision. 

Monsieur le Président, nous vous demandons que cette décision soit prise par les Français, par conséquent par référendum, et avant la délibération du Conseil européen.


Signez la Lettre ouverte au Président de la République "La question turque : au nom de la paix, je demande que soit respectée l'identité de l'Europe"