Offrir des messes pour les âmes du Purgatoire

par saint Léonard de Port-Maurice

   Une seule messe, en ne considérant que sa valeur intrinsèque, suffit pour ouvrir les portes du purgatoire à toutes les âmes qui y souffrent et les faire entrer au ciel : car ce divin sacrifice sert aux défunts, non seulement comme propitiatoire, pour payer les peines qu’ils doivent à la justice de Dieu, mais encore comme impétratoire, pour en obtenir la rémission.

Comme on le voit par la coutume de l’Eglise, laquelle non seulement offre la messe pour les âmes du purgatoire, mais y prie encore pour leur délivrance. Afin d’exciter votre compassion en faveur de ces saintes âmes, considérez donc que le feu où elles souffrent égale, au dire de saint Grégoire, celui de l’enfer, et que, comme instrument de la justice divine, il agit avec une telle puissance, qu’il leur cause des peines insupportables, et supérieures à tous les tourments qui se peuvent imaginer dans ce monde.

Elles souffrent bien plus encore de la privation de la vue de Dieu, comme le dit le docteur angélique ; l’impossibilité où elles sont de voir ce souverain Bien, vers lequel elles aspirent, les plonge en des angoisses intolérables.  Rentrez ici un peu en vous-mêmes. Si vous voyiez votre père ou votre mère près de se noyer dans un étang, et que pour les délivrer vous n’eussiez qu’à leur tendre la main, ne seriez-vous pas obligé par charité, et par justice en même temps, à le faire ?

Or, vous voyez des yeux de la foi tant de pauvres âmes, parmi lesquelles se trouvent peut-être vos plus proches parents, brûler dans un étang de feu, et vous ne vous astreindriez pas à entendre dévotement pour elles une seule messe ?

Où est donc votre cœur ? Qui peut douter que la messe procure un soulagement considérable à ces pauvres âmes ?  Ecoutez saint Jérôme, un des grands docteurs de l’Eglise, qui vous dit expressément que, lorsqu’on célèbre le très saint sacrifice pour une âme du purgatoire, ce feu dévorant suspend ses rigueurs, et que tout le temps que dure la messe le supplice s’arrête. Il affirme, en outre, qu’à chaque messe il en est beaucoup qui sortent du lieu d’expiation pour voler aux joies du paradis.

Ajoutez à cela que votre charité envers les âmes du purgatoire tournera tout entière à votre profit. Je pourrais vous apporter en preuve une multitude d’exemples, mais je me contenterai de vous raconter un seul fait arrivé à saint Pierre Damien.

Etant resté orphelin, dans un âge encore tendre, il fut recueilli par un de ses frères, qui le maltraitait d’une manière incroyable, jusqu’à le faire marcher pieds nus, et le laisser dans une extrême pénurie de toutes choses. Il trouva un jour en chemin je ne sais quelle monnaie ; il croyait avoir en main un trésor. Mais qu’en faire ?

La nécessité où il était lui suggérait bien des moyens de l’employer, cependant, après y avoir bien pensé, il résolut d’aller porter cette monnaie chez un prêtre, et de lui demander une messe pour les âmes du purgatoire.

A partir de ce moment, sa fortune changea ; il fut recueilli par un autre frère, meilleur que le premier, qui l’aima comme son fils, le vêtit avec décence, l’envoya à l’école, après quoi il devint ce grand homme et ce grand saint, qui orna la pourpre et soutint l’Eglise.

Voyez de quels biens cette messe et la privation qu’il s’imposa furent pour lui la source. Oh ! quel précieux trésor, qui sert aux morts et aux vivants, dans le temps et dans l’éternité en même temps.

Ces saintes âmes, en effet, sont si reconnaissantes envers leurs bienfaiteurs, qu’une fois arrivées au ciel, elles se font leurs avocates, et ne se donnent de repos qu’après les avoir vus en possession de la gloire.

St Léonard de Port-Maurice