Le Rosaire, pour prier beaucoup

Raoul Auclair

 

Marie a besoin de nos prières. Elle nous conjure, elle nous supplie, elle nous prie de prier. Et non pas n'importe quelle prière, mais la prière du Combat : le Rosaire.

Les saints, les papes, et de surcroît Marie ! Et tous sont unanimes, et tous nous pressent de recourir à cette humble, cette puissante prière que méprisent les docteurs abusés et les bergers indociles.

Eux nous disent : priez bien. Marie nous dit : priez beaucoup. (Comme on est rarement en état de « bien » prier, alors, plutôt que de mal prier, on ne prie pas du tout).

Il est au pouvoir de peu de fidèles de prier bien. Il est au pouvoir de tous de prier beaucoup.

Oh ! comme Marie, au cours de ses apparitions insiste sur ce « Priez beaucoup » !

Or, le Rosaire est la prière du « beaucoup ». A-t-on suffisamment pensé à ceci : chaque ave est un acte de volonté, un acte libre : donc, qui porte en soi un mérite, ne serait-ce que le mérite de l'obéissance, pour ne rien dire de la vertu de la « parole », sur quoi est fondé tout le mystère de la Liturgie. Les distractions ? Elles sont dans la nature de l'homme et rien n'est exigé de nous qui aille à l'encontre de notre nature. Qui donc, ici encore, a intérêt à nous décourager en nous affrontant au sublime ?

L'ardeur de ma prière, c'est Dieu qui me la donne ; mais l'acte de prier, et si aride que soit ma prière, c'est moi qui le donne à Dieu. C'est moi, dans le Rosaire, qui le donne à Marie que Dieu, par le Rosaire, a destinée à chasser de ce monde le Prince de ce monde, afin que vienne régner le Christ-Roi. Tous ces ave, ces ave en foule qui se pressent, montent et emplissent le ciel - et chacun est une « force » - c'est notre apport nécessaire, cette puissance immense que nous mettons dans les mains de Celle qui doit vaincre, mais vaincre par nous.

Marie, à la Salette, se présente ainsi et fort étrangement : les épaules chargées d'une lourde chaîne. Jouxtant la chaîne, une guirlande de roses. Comment, en ces symboles si clairs, n'avoir point vu que c'est le Rosaire qui forgera la chaîne dont sera lié Satan ? Car Satan sera lié d'une chaîne. Saint Jean qui nous montre, en son Apocalypse, le combat de la Femme et du Dragon, proclame, de par Dieu, que Satan sera vaincu et enchaîné. Et par qui serait-ce, sinon par Celle qui, dès le Commencement, fut promise à cette victoire !

Le Rosaire n'est pas une dévotion individuelle et égoïste. C'est la prière du Combat, la prière pour le Corps Mystique, l'arme de Jérusalem contre les attaques de Babylone.