Sur quelques perspectives intéressantes 
ouvertes par la lecture de Deus est caritas

 

 

Abbé Vincent Ribeton

 

 

 Comme l’a noté Yves Daoudal dans Reconquête (n°225, février 2006), à notre époque, « pour qu’une encyclique soit médiatique, il faut qu’elle prête à polémique. »

 

A première vue, Benoît XVI n’a pas choisi de consacrer sa première encyclique à un sujet brûlant d’actualité. Ceux, donc, qui attendaient avec impatience sa publication pour battre le tocsin médiatique contre le Pape autrefois surnommé « panzerkardinal » en sont pour leurs frais.

 

Il ne faudrait pas pour autant que les catholiques eux-mêmes négligent la lecture de Deus est caritas. A bien des égards, l’encyclique pourrait se révéler être une « bombe à retardement », une précieuse arme de réfutation et de contestation des erreurs qui ont le plus cours aujourd’hui.

 

Ne vivons-nous pas en effet dans un monde où de Dieu et de la religion est donné chaque jour davantage une image plus fausse et violente par la montée d’un islam fanatique ? Beaucoup d’esprits, manipulés d’ailleurs par une propagande laïciste, ne risquent-ils pas de succomber à la tentation de l’amalgame, en considérant les religions en bloc comme un facteur de haine et de violence ?

 

Aux peurs qui peuvent se manifester, Benoît XVI répond avec douceur que la vraie Religion ne saurait légitimer la haine : « La familiarité avec le Dieu personnel et l’abandon à sa volonté empêchent la dégradation de l’homme, l’empêchent d’être prisonnier de doctrines fanatiques et terroristes ».

 

La découverte du Dieu d’Amour peut toucher le cœur des musulmans et obtenir leur conversion. Le Coran donne à Dieu 99 noms. Aucun d’entre eux n’est Dieu est Amour. « Tous les convertis expliquent que c’est cette découverte du Dieu amour qui les a fait quitter l’islam, et leur a révélé ce qu’était le vrai Dieu, la communion d’Amour avec le Père par le Fils dans l’Esprit » écrit Yves Daoudal. Ce n’est pas le moindre mérite de l’encyclique que de nous montrer ce chemin d’évangélisation.

 

Deus est caritas est également une puissante réfutation des erreurs d’un paganisme hédoniste. Nous vivons dans une société déséquilibrée à l’endroit du sexe, tellement qu’on rougit presque d’employer le mot amour. Benoît XVI veut répondre à ce mal, non pas en adoptant l’attitude janséniste qui incrimine la chair, mais en proposant l’attitude du Bon samaritain qui se penche comme médecin sur une humanité rendue malade par le péché. 

 

Pour cela, il veut que les catholiques se réapproprient le mot amour, et ne le laissent pas être sali et déformé. Désirant purifier la notion d’amour, il montre comment l’eros est un désir profondément inscrit en l’homme de s’élever, corps et âme, à une béatitude par l’union avec l’être aimé. Cet eros hélas, peut dégénérer dans une quête désordonnée du plaisir d’un instant, une sorte d’ivresse de la chair, dégradante pour l’homme, lorsqu’au contraire, il devrait s’élever jusqu’à cette autre dimension de l’amour qu’est l’agapè, dans lequel au désir s’ajoute le don de soi et le renoncement à l’égoïsme.

 

On trouvera bien sûr dans cette thématique de l’agapè de riches enseignements pour la spiritualité du foyer. Benoît XVI montre qu’il n’y a d’amour humain authentique qu’entre un homme et une femme, ce qui n’est pas sans résonance dans l’actualité, et ajoute que le mariage devient ainsi « l’icône de la relation de Dieu avec son peuple » et que réciproquement « la façon dont Dieu aime devient la mesure de l’amour humain ».

 

Le Christ est lui-même l’incarnation de cette façon dont Dieu aime. Il est l’ « amour incarné de Dieu », qui se donne pour son peuple, jusqu’à la mort de la Croix, et dont la relation d’amour avec son peuple se traduit dans l’union eucharistique.

 

La seconde partie de l’encyclique montre que « l’acte d’agapè » n’est pas seulement individuel, mais aussi social. L’engagement caritatif de l’Eglise en est une manifestation essentielle. Il ne s’agit pas là de simple philanthropie mais plutôt d’une réponse à Dieu qui « nous demande d’alléger la misère ». « C’est à Lui que nous donnons le monde qui souffre » et « plus nous le Lui offrirons clairement et consciemment comme don, plus efficace sera notre amour pour changer le monde ». Cela nous invite au devoir de charité politique, et à la restauration de l’esprit et des mœurs de Chrétienté.