Benoît XVI repousse l’interprétation progressiste de Vatican II

 Abbé Vincent Ribeton

 

Jeudi 22 décembre dernier, à l’occasion du traditionnel discours du Pape à la curie romaine, Benoît XVI a développé d’importantes considérations sur le concile Vatican II. Nous avons là, certainement, une intervention fondamentale, qui fera date dans l’histoire du présent pontificat.

Le Pape commence par plusieurs interrogations : « Quel a été le résultat du Concile ? A-t-il été accueilli de la juste façon ? Dans l’accueil du concile, qu’est-ce qui a été positif, insuffisant ou erroné ? Que reste-t-il encore à accomplir ? ». Autant de questions qu’avec un recul de quarante années, on peut désormais poser sereinement et débattre avec lucidité.

Si ces questions se posent aujourd’hui, c’est parce que, explique Benoît XVI, «  personne ne peut nier que, dans de vastes parties de l’Eglise, la réception du concile s’est déroulée de manière plutôt difficile ». D’après Benoît XVI, cette difficulté est venue du conflit entre deux interprétations contraires du Concile.  « Deux herméneutiques contraires se sont trouvées confrontées et sont entrées en conflit. »

La première de ces interprétations, que nous qualifierons de progressiste, « a engendré la confusion ». C’est « l’herméneutique de la discontinuité et de la rupture. » « Celle-ci, note au passage le Pape, a pu bénéficier de la sympathie des mass media et également d’une partie de la théologie moderne ». Elle a vu dans le concile une sorte de révolution d’octobre.

Une deuxième interprétation du Concile d’après Benoît XVI, est porteuse de « renouveau dans la continuité ». C’est celle qui lit les textes conciliaires à la lumière de la Tradition bimillénaire de l’Eglise.

La première interprétation est sévèrement repoussée par Benoît XVI. Les tenants de cette lecture de Vatican II font dire tout et n’importe quoi au Concile au nom de son prétendu « esprit ». D’après cette interprétation, ce qu’il faut retenir du Concile, ce n’est pas tant les textes promulgués que les « élans vers la nouveauté qui apparaissent derrière les textes . » Les textes seraient une sorte de « compromis » destiné à être rapidement dépassé. Il faudrait donc « non pas suivre les textes du Concile, mais son esprit ». Il serait nécessaire « d’aller courageusement au-delà des textes, en laissant place à la nouveauté dans laquelle s’exprimerait l’intention la plus profonde, bien qu’encore indistincte, du Concile ».

Pour Benoît XVI, cette interprétation du Concile présente de grands dangers : « il reste ainsi évidemment une grande marge pour se demander comment on définit alors cet esprit, et, en conséquence, on laisse la place à n’importe quelle fantaisie ».

Benoît XVI explique que cette interprétation progressiste de Vatican II repose sur l’ignorance de la vraie nature d’un Concile : un Concile n’est pas fait pour inventer des nouveautés, une nouvelle religion, mais au contraire pour exprimer de façon dynamique, selon les exigences du temps, la fidélité envers le dépôt de la foi reçu du Seigneur.

L’interprétation critiquée par le Pape commet l’erreur de considérer le Concile comme une sorte d’assemblée destinée à donner à l’Eglise une définition nouvelle, « comme une sorte de Constituante, qui élimine une vieille Constitution et en crée une nouvelle. Mais la Constitution a besoin d’un promoteur, puis d’une confirmation de la part du promoteur, c’est-à-dire du peuple auquel la constitution doit servir » comme si l’Eglise était une démocratie. « Les Pères [conciliaires] n’avaient pas un tel mandat et personne ne le leur avait jamais donné ; personne, du reste, poursuit Benoît XVI, ne pouvait le donner, car la constitution essentielle de l’Eglise vient du Seigneur et nous a été donnée afin que nous puissions parvenir à la vie éternelle (…) ». « Les évêques, à travers le sacrement qu’ils ont reçu, sont les dépositaires du don du Seigneur, ce sont les ‘administrateurs des mystères de Dieu’ ». Or, ce qu’on attend d’un intendant, conclut le Pape, c’est qu’il soit trouvé fidèle et non qu’il fasse preuve d’invention. Benoît XVI cite alors la parole du Seigneur : « En peu de choses tu t’es montré fidèle, je t’en confierai beaucoup ». Les intendants du mystère doivent toujours et partout garder et transmettre la doctrine reçue de façon pure et intègre. En l’exposant, ils doivent tenir compte évidemment des exigences de l’époque. La manière de dire, d’expliquer, de présenter les vérités de la foi peut connaître des nuances d’expression, des adaptations, de même que dans une discussion intelligente, nous tenons compte de la personne à qui nous nous adressons pour qu’elle nous comprenne bien. Mais les vérités de la doctrine chrétienne ne sont pas évolutives, et quelle que soit la façon de les énoncer, elles doivent toujours conserver le même sens et la même portée.