Pèlerins de Chartres

Envoi du pèlerinage le samedi de Pentecôte (14 mai 2005)

par l’Abbé François POZZETTO
Aumônier du pèlerinage

 

 

« J'ose le prédire : Chartres deviendra, plus que jamais, le centre de la dévotion à Marie en Occident, on y affluera, comme autrefois, de tous les points du monde » (cardinal Pie),

Frères et sœurs, pèlerins de Chartres,

Telle est la prédiction du grand cardinal Pie, il y a exactement 150 ans ! De tous les points du monde, du Nouveau Monde, de toute l'Europe, vous êtes venus à Paris ce matin, en cette vigile de Pentecôte, mettre vos pas dans les pas de tous ceux qui, avant vous, ont marché vers la Belle Cathédrale.

 

UN EXERCICE d’ASCESE SALUTAIRE

Permettez-moi, au début de ce pèlerinage de Chrétienté, de vous rappeler quelques caractéristiques de cette « marche religieuse de tout un peuple. »

Un pèlerinage, selon notre regretté pape Jean-Paul II, c'est « le cheminement personnel du croyant sur les pas du Rédempteur ; c'est un exercice d'ascèse salutaire, de repentance pour les faiblesses humaines, de vigilance constante sur sa propre fragilité, de proposition intérieure à la réforme du cœur. Par la veille, (a ajouté le pape défunt), par le jeûne, par la prière, le pèlerin avance sur la voie de la perfection chrétienne, s'efforçant d'atteindre, avec le soutien de la grâce de Dieu ‘l'état d'homme parfait, la plénitude de la stature du Christ’ (Ep 4, 13) ».

En d'autres termes, le pèlerin met ses pas dans ceux de Jésus, cherchant à l'imiter, à se laisser aimer par Lui et, en définitive, à L'aimer un peu plus.
Voici le programme spirituel de tout pèlerinage.

UN PELERINAGE DE CHRETIENTE…

Notre pèlerinage depuis 23 ans, de par la volonté de ses fondateurs et de tous ceux qui l'ont conduit, est aussi un « pèlerinage de chrétienté ».
Chrétienté, un mot difficile...un mot que beaucoup ne veulent plus entendre. Le Révérend Père Dom Gérard, fondateur des abbayes du Barroux, définissait la Chrétienté à Chartres, il y a vingt ans dans la cathédrale, comme « une alliance du sol et du ciel, un pacte scellé par la sang des martyrs entre la terre des hommes et le paradis de Dieu, un jeu candide et sérieux, un humble commencement de la vie éternelle. La chrétienté, c'est la lumière de l' évangile projetée sur nos patries, nos familles, nos mœurs et sur nos métiers. La chrétienté c'est le corps charnel de l'Eglise, son rempart, son inscription temporelle.»

La chrétienté, en d'autres termes, c'est la royauté sociale de Notre Seigneur Jésus-Christ, non seulement sur chacun d'entre nous, sur nos familles et nos métiers, mais sur toutes les institutions sociales et politiques. C'est la Civilisation de l'Amour, celle où Jésus règne partout, sur tous et sur chacun.

…NOURRI DE LITURGIE ANCIENNE…

Depuis sa fondation, notre pèlerinage - beaucoup d'entre vous le savent, et vous le vivez tous au cours des messes célébrées pendant ces trois jours - se nourrit de la liturgie telle qu'elle a été vécue pendant des siècles dans l'Eglise latine et telle qu'elle est encore vécue par de nombreux catholiques, des communautés religieuses, beaucoup de prêtres, la plupart de ceux qui vous accompagnent pendant ces trois jours.
Ne craignez pas, chers pèlerins : nous ne sommes pas « à part », nous ne sommes pas les « dhimis » de l'Eglise ; nous sommes catholiques à part entière.

Voici ce que disait le Cardinal Castrillon-Hoyos, actuel Préfet de la Congrégation du Clergé, il y a très exactement deux ans à Sainte-Marie Majeure, à Rome, devant de nombreux cardinaux, évêque, prêtres, séminaristes et fidèles : « on ne peut pas considérer que le rite dit de St Pie V soit éteint, et l'autorité du Saint Père a exprimé son accueil bienveillant envers les fidèles qui, tout en reconnaissant la légitimité du rite romain renouvelé selon les indications du concile Vatican II, restent attachés au rite précédent et y trouvent une nourriture spirituelle solide dans leur chemin de sanctification. » Et il ajoutait, en ce 24 mai 2003 : « l'ancien rite romain conserve, dans toute l' Eglise, un droit de citoyenneté au sein de la multiformité des rites catholiques, tant latins qu'orientaux ».

Le pape Jean-Paul II, lui-même, appelait les évêques du monde entier, le 27 octobre 1998 à Rome, à « avoir une compréhension et une attention pastorale renouvelée pour les fidèles attachés à l'ancien rite et, au seuil du troisième millénaire, à aider tous les catholiques à vivre les célébrations du Saint Mystère avec une dévotion qui soit un vrai aliment pour leur vie spirituelle, et qui soit source de paix».

Quant au pape Benoît XVI, encore cardinal, il s'exprimait à Rome dans ces termes « le Concile n'a pas réformé lui-même les livres liturgiques, mais il en a ordonné la révision et, à cette fin, a fixé quelques règles fondamentales. Avant tout, le Concile a donné une définition de ce qu'est la liturgie, -- et cette définition donne un critère valable pour chaque célébration liturgique. Si l'on voulait mépriser ces règles essentielles et si l'on voulait mettre de côté les "normae generales" qui se trouvent aux numéros 34 - 36 de la constitution De Sacra Liturgia, alors là, on violerait l'obéissance envers le concile ! C'est donc d'après ces critères qu'il faut juger les célébrations liturgiques, qu'elles soient selon les livres anciens ou selon les livres nouveaux. Il est bon de rappeler, ici, ce qu'a constaté le cardinal Newman, qui disait que l'Eglise, dans toute son histoire, n'avait jamais aboli ou défendu des formes liturgiques orthodoxes, ce qui serait tout à fait étranger à l'esprit de l'Eglise. Une liturgie orthodoxe, c'est-à-dire qui exprime la vraie foi, n'est jamais une compilation faite, selon des critères pragmatiques, de diverses cérémonies dont on pourrait disposer de manière positiviste et arbitraire, aujourd'hui comme ça et demain autrement. Les formes orthodoxes d'un rite sont des réalités vivantes, nées du dialogue d'amour entre l'Eglise et Son Seigneur ; elles sont des expressions de la vie de l'Eglise, où se sont incarnées, dans une forme concrète, en même temps l'action de Dieu et la réponse de l'homme. De tels rites peuvent mourir, si le sujet qui les a portés historiquement disparaît, ou si ce sujet s'est inséré dans un autre cadre de vie. L'autorité de l'église peut définir et limiter l'usage des rites dans des situations historiques diverses, mais jamais elle ne les défend purement et simplement ! Ainsi, le concile a ordonné une réforme des livres liturgiques, mais il n'a pas interdit les livres antérieurs. Le critère, que le concile exprimé, est à la fois plus vaste et plus exigeant : il invite tous à l'autocritique ! »

…ET PROFONDEMENT MARIAL

Enfin, chers pèlerins, notre pèlerinage est marial : nous marchons entre deux grands sanctuaires dédiés à Notre-Dame en France ; nous marchons derrière la statue de notre Mère du ciel qui va nous conduire. Notre pas, cette année, au cœur du mois de Marie, sera tout particulièrement marial, et vous méditerez dans vos chapitres selon ce thème : « Notre-Dame, rempart de la chrétienté ». Vous méditerez la vie de Notre-Dame, mais aussi les hauts faits de Marie en France et dans le monde, et sa présence maternelle à chaque étape de la vie de tout homme, de nos familles et des nations.

PRIERE ET CHARITE

En terminant ces quelques mots, frères pèlerins, je vous encourage, pendant notre marche religieuse, à bien prier.
- priez avec insistance tout au cours de vos journées, à travers telle dizaine de votre rosaire, telle communion...
- priez pour notre très cher pape, Benoît XVI, qui par trois fois à Rome, le 24 avril dernier, a demandé avec insistance : « Prega per me. : Priez pour moi »
- que votre prière soit catholique, c'est-à-dire universelle, c'est-à-dire sans esprit de chapelle et de parti.
- Priez pour l'Eglise, priez pour le Pape, priez pour nos évêques : deux d'entre eux participent cette année au pèlerinage
- priez pour que Dieu suscite de nombreuses vocations sacerdotales et religieuses parmi vous, et pour cela, écoutez la voix du seigneur, comme notre nouveau pape l'a fait au cours du conclave, qui, selon ses propres dires, lui a dit :" Suis-moi".

Enfin, dernier point, faites preuve d'une grande charité entre vous et vis-à-vis de tout ceux que vous rencontrerez sur cette route. Que l'on puisse dire de vous, de nous : « voyez comme ils s'aiment!"
Tel était le moyen de reconnaître les premiers chrétiens. Dans notre France, si loin des promesses de son baptême, que l'on puisse nous reconnaître à cet amour fraternel

Que vos saintes anges vous accompagnent.
Au nom du Père et du Fils et du Saint- Esprit. Ainsi soit-il!