Le Noël du petit pauvre

 

Les gens avaient défilé toute la journée dans la petite maison de la Sainte Vierge : ceux qui avaient quelque chose d'intéressant à dire... et moi, j'étais resté dehors à les regarder... parce que je n'avais rien à offrir et rien à dire...

Le soir venu, comme il n'y avait plus personne, je me suis avancé tout doucement et j'ai passé la tête par l'entrebâillement de la porte, pour les voir un peu, Lui et Elle, et m'en aller après... La Sainte Vierge était assise, pas loin de moi. Dans ses bras, l'Enfant Jésus dormait. Sans rien dire, elle le regardait. Elle était merveilleusement jeune et si belle ! Ils se ressemblaient tous les deux. Moi, je n'osais pas bouger, je retenais ma respiration, j'avais peur de faire du bruit, je me disais : « Faut que je parte... Faut que je parte ! » et je restais là. Je ne pouvais m'en aller.

Tout d'un coup, la Sainte Vierge a un peu tourné la tête en regardant de mon côté. J'ai voulu me sauver mais j'ai vu qu'elle me faisait signe de venir. J'ai pensé qu'elle parlait à quelqu'un qui était arrivé derrière mon dos, et je me suis rangé un peu de côté pour le laisser passer. Comme personne ne venait, j'ai regardé, mais il n'y avait que le chemin. Elle faisait toujours signe de venir, et j'ai compris que c'était à moi qu'elle parlait et ça m'a fait un coup... mais j'ai repensé que j'étais sale et pas beau, que je n'avais pas de soulier et je me suis dit: « Non, non, je m'en vais ! ».

La Sainte Vierge me regardait, et j'ai senti qu'elle voyait tout au fond de mon coeur tout ce que je pensais ; alors, elle a dit tout doucement : « Tu me fais du chagrin, tu sais... Il y a si longtemps que je t'attendais ! ».

Alors j'ai bondi ! Et je me suis trouvé à deux genoux près d'elle, j'ai voulu demander pardon, mais je n'avais pas un souffle de voix. La Vierge a compris. Elle a passé sa main sur mon front qui brûlait, comme pour me dire : « Allez, c'est pardonné, tu es là, j'ai tout oublié ». Je la regardais et elle aussi me regardait. L'Enfant Jésus dormait toujours.

Tout à coup, elle a dit de sa voix qui chante : « Tu ne me dis rien ? ». Lui dire quelque chose, moi ? J'ai cherché un peu, j'ai pris mon courage à deux mains, et j'ai dit brusquement : « Oh ! Ma Dame ».

Puis, j'ai regardé un peu la Sainte Vierge. Elle faisait un peu la moue. Alors je me suis repris vite et j'ai dit d'un ton bien poli : « Sainte Vierge Marie ».

Au mot « Marie », l'Enfant Jésus dans ses bras, a ouvert les yeux et s'est mis à sourire, comme s'il entendait une jolie musique. Mais, elle, elle était toujours comme quelqu'un qui attend autre chose.

Alors d'une voix qui tremblait, j'ai dit avec un grand saut dans mon coeur : « Sainte Mère de Dieu ».

La Sainte Vierge a incliné un peu la tête avec un sourire émerveillé et presque grave. Mais elle avait toujours l'air d'attendre quelque chose. Moi, je ne savais plus, j'étais tout perdu, j'avais presque en vie de pleurer...

Alors, sans rien dire, la Sainte Vierge s'est penché sur l'Enfant Jésus qui souriait sur son bras, son visage tout prêt du mien. Et, Lui, comme s'il n'attendait que cela, il a dit tout bas : « Maman ! » et il a embrassé tout doucement sa maman. J'ai regardé la Sainte Vierge : elle était rayonnante de joie.

Alors, elle a relevé lentement la tête, puis elle s'est penchée sur moi. D'un coup, j'ai compris ce qu'elle voulait. J'avais le coeur qui tapait comme un fou. Une dernière fois, j'ai eu envie de me sauver. Puis, je me suis rappelé ce qu'elle avait dit, quand j'étais sur le pas de la porte : « Tu me fais de la peine ».

Alors, avec deux grosses larmes qui roulaient le long de mes joues, j'ai dit, tout bas : « Maman » et, tout sale et en guenilles, j'ai embrassé la Sainte Vierge, comme l'Enfant Jésus avait fait. La Sainte Vierge nous a pris tous les deux dans ses bras. Et elle a dit tout doucement pour nous deux : « mon tout petit ». Et cette fois-ci, c'était la Sainte Vierge qui pleurait.