L'ignorance religieuse

RP Marie-Eugène de l'Enfant-Jésus

Nous pouvons affirmer que le premier obstacle à vaincre pour vulgariser la vie spirituelle à notre époque est l'ignorance religieuse qui est un des maux les plus graves de notre temps.

Cette ignorance laisse dans les ténèbres non point seulement des centaines de millions de païens pour qui n'a pas brillé la lumière de l'Evangile, mais aussi des millions d'intelligences tout près de nous, dans nos villes, là même où on se préoccupe le plus de la vulgarisation de toutes les sciences. Les milieux cultivés ne sont pas à l'abri de cette ignorance ; nous ne craignons pas de l'affirmer. La plupart des homme cultivés qui se disent incroyants ignorent presque tout de la vérité révélée. Quant à ceux qui sont restés fidèles aux pratiques religieuses, ils n'ont trop souvent gardé de l'instruction reçue autrefois que quelques notions morales pratiques, mais peu ou point de notions dogmatiques qui pourraient nourrir leur vie spirituelle. Comme ceux de leur milieu ils sont allés à leurs études et à leurs tâches. Devenus hommes de loi, industriels, médecins, commerçants, professeurs ou artistes, ils pensent, agissent et vivent comme tels. De temps à autre, régulièrement peut-être, ils se montrent chrétiens pour remplir un devoir extérieur de la religion. Mais depuis leur adolescence ils n'ont jamais pris un contact réel avec la vérité révélée. Ils ne l'ont jamais pensée avec leur intelligence d'hommes faits et n'ont jamais placé leur âme et leur vie personnelle sous la lumière du Christ.

Et ainsi leur instruction religieuse et leur vie chrétienne sont restées véritablement inférieures à leur culture générale et à leur formation professionnelle. Il en résulte dans leur âme un envahissement et une domination du naturel aux dépens du surnaturel. La foi reste, ainsi que les habitudes chrétiennes que soutient la tradition, mais la vie profonde manque. Leur christianisme sans lumière, donc sans force, ne peut avoir d'influence réelle sur la pensée et l'activité humaines.

Pour rester vivante dans une âme et agissante dans une vie, la foi doit être assez éclairée et assez forte pour résister à tous les ferments qui la menacent et à toutes les pressions qui s'exercent sur elle. Elle ne peut remplir son rôle dans une âme que si la lumière qui l'éclaire est proportionnée à la vigueur et à la culture de l'esprit qui la possède. Si elle n'est pas nourrie selon cette sage mesure, à peine peut-elle échapper à la ruine ; à plus forte raison ne peut-elle pas aspirer à soutenir une vie spirituelle profonde.