Force de la prière contre les tentations

par St Alphonse de Liguori

 

Connaissant le grand avantage qui résulte pour nous de la nécessité de la prière, dans ce but Dieu permet à nos ennemis de nous assaillir, afin que nous implorions le secours qu'il nous offre et nous promet. Mais autant il se complaît à nous voir recourir à lui dans nos périls, autant il lui déplaît de nous voir négligents à prier.

Un roi, remarque saint Bonaventure, taxerait d'infidélité le capitaine qui, assiégé dans une place, ne lui réclamerait pas de renfort. Ainsi Dieu s'estime trahi par celui qui, menacé par la tentation, ne l'appelle pas à son aide. Désireux de nous secourir, il n'attend que notre demande pour nous prêter largement son appui, Isaïe met bien en lumière cette vérité quand de la part de Dieu, il dit au roi Achaz de lui demander un signe pour acquérir la certitude du secours que Dieu était disposé à lui accorder : "Demande un signe au Seigneur ton Dieu". Et ce roi impie de répliquer : "Je ne veux pas le demander, ne voulant pas tenter Dieu". (Isaïe 7,2). Il dit cela parce qu'il se confiait dans ses forces pour vaincre ses ennemis sans le secours de Dieu, mais le prophète l'en reprit : « Ecoutez, maison de David, est-ce trop pour vous de fatiguer les hommes que vous fatiguiez aussi mon Dieu ? » Il nous le donne à entendre par ces paroles : est à charge à Dieu et l'offense celui qui néglige de lui demander les grâces qu'il nous offre.

"Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et ployez sous le fardeau et je vous soulagerai" (Mt 11,28).

Mes pauvres enfants, dit le Sauveur, en lutte avec vos ennemis, écrasés sous le poids de vos péchés, ne perdez pas courage, recourez à moi dans la prière. Je vous communiquerai la force de résister et porterai remède à tous vos malheurs. Ailleurs, par la bouche d'Isaïe : "Venez et discutons ensemble. Si vos péchés sont comme l'écarlate, ils deviendront blancs comme la neige" (Isaïe 1,18). O hommes, recourez à moi! Auriez-vous la conscience toute souillée, ne laissez pas de venir. Je vous permets de me reprendre, pour ainsi dire, si jamais, après avoir recouru à moi, je ne vous rends point, par ma grâce, blancs comme neige.

Qu'est-ce que la prière? Ecoutons saint Jean Chrysostome: "La prière est une ancre assurée pour qui est en péril de naufrager, un trésor immense de richesses pour qui est pauvre, un remède très efficace pour qui est infirme et un préservatif infaillible pour qui veut se conserver en santé". Ecoutons encore saint Laurent Justinien: "La prière apaise le courroux de Dieu: il s'empresse de pardonner à qui le prie avec humilité". Elle obtient en grâce tout ce qu'on demande, surmonte toutes les forces de l'ennemi. En somme, elle change les hommes, d'aveugles en clairvoyants, de faibles en forts, de pécheurs en saints.

Qui a besoin de lumière la demande à Dieu, et elle lui sera accordée : "Aussitôt après avoir recouru à lui, dit Salomon, Dieu m'a communiqué la sagesse" (Sagesse 7,7). Qui a besoin de force la réclame à Dieu, elle lui sera communiquée: "A peine ai je ouvert la bouche pour prier, dit David, j'ai reçu de Dieu son secours" (Ps 118,131). Et comment les martyrs auraient-ils jamais acquis assez d'énergie pour résister aux tyrans sans la prière qui leur valut une force capable de braver les tourments et la mort ?

Bref, « celui qui emploie cette arme puissante de la prière, affirme saint Pierre Chrysologue, ne tombe pas dans le péché, se détache de la terre, s'élève vers le ciel pour y demeurer et commence, dès cette vie, à jouir de la conversation avec Dieu ».

Que sert donc de s'inquiéter et de dire: "Qui sait si je suis inscrit ou non au livre de vie ? Qui sait si Dieu m'accordera la grâce efficace et la persévérance ? "Ne vous inquiétez de rien, répond l'Apôtre, mais en toute circonstance, faites connaître vos besoins à Dieu par des prières et des supplications avec des actions de grâces" (Phil 4,6). Quelle utilité à se morfondre, dit-il, dans ces angoisses et ces craintes ? Allons, chassez toutes ces préoccupations; elles ne sont bonnes qu'à diminuer votre confiance et à vous rendre plus tiède et plus paresseux dans votre marche sur le che­min du salut. Priez, implorez sans cesse, faites entendre à Dieu vos prières, remerciez-le toujours de s'être engagé à vous accorder les faveurs que vous désirez à la seule condition de les lui demander: la grâce efficace, la persévérance, le salut et tout ce à quoi vous aspirez.

Le Seigneur nous a jetés dans la bataille pour y lutter contre de puissants ennemis. Mais il est fidèle à ses promesses, il ne souffre pas que l'attaque dépasse notre capacité de résistance : "Dieu est fidèle, il ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces". (1 Cor 10,13). Il est fidèle, secourant aussitôt qui l'invoque. Le docte cardinal Gotti écrit: "Le Seigneur n'est pas tenu de nous donner toujours une grâce égale à la tentation; mais quand, dans la tentation, nous recourons à lui, il est obligé de nous communiquer la force suffisante pour nous rendre capables de résis­ter actuellement, au moyen de la grâce toute prête et offerte à chacun".

Nous pouvons tout, avec le divin secours, donné à chacun s'il le sollicite humblement. Nous sommes donc sans excuse si nous nous laissons vaincre par la tentation. Nous subissons la défaite par notre seule faute, parce que nous ne prions pas. Avec la prière nous triompherons sûrement de toutes les embûches et de toutes les violences de nos adver­saires. "Par la prière, écrit saint Augustin, on échappe à tout danger".