L’Humour de Dieu

avec les Pères du désert

 

Abba Sérapion, immobilisé en sa cellule, donna un jour une pièce de monnaie à un enfant qui était venu le trouver.

- Donne-la en aumône, lui dit-il, au premier pauvre vieillard que tu rencontreras.

Quelques heures après, l’enfant revint.

- C’est fait. J’ai donné la pièce de monnaie à un vieillard.

- Était-il vraiment pauvre ?

- Oui. Il était obligé de vendre des dattes et des sucreries…

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Un évêque vint visiter un monastère dans la région des Cellules. Les frères, qui y vivaient seulement de pain et d’eau, se mirent en quatre pour lui préparer un repas conforme à sa dignité épiscopale. A la fin du dîner, ils lui demandèrent en tremblant : Abba, comment as-tu trouvé notre viande de chevreau ?

- Par hasard, sous une feuille de salade… répondit l’évêque.

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À un prêtre qui devait faire sa première homélie, un ancien dit : « Rappelle-toi frère : une homélie n’est jamais tout a fait mauvaise si celui qui écoute la trouve plus courte qu’il n’espérait. »  

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De nombreux pères du désert vécurent longtemps, et même centenaires. Abba Isaïe fut l’un d’entre eux. Le jour de ses cent ans, un frère beaucoup plus jeune que lui vint le trouver et lui dit :

- Je suis venu me réjouir avec toi, abba, pour toutes ces années de vie et j’espère bien l’an prochain célébrer avec toi tes cent un ans.

- Je l’espère, moi aussi, lui répondit l’ancien, car ta santé me semble excellente.

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Abba Isaïe vécut dans une telle pauvreté qu’à sa mort un frère demanda : De quoi est-il mort ? - Je ne le sais pas, répondit un ancien. Et je sais encore moins de quoi il a vécu !

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Un brigand du désert, blessé à mort dans un guet-apens, se traîna jusqu’à la cellule d’un moine en gémissant : Abba, je souffre comme un damné !
- Déjà ! lui dit l’ancien.

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Un ancien, qui depuis des années combattait, laissa échapper cette prière : Mon Dieu, si tu es partout, comment se fait-il que je sois si souvent ailleurs ?

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Abba Hilarion dit un jour : « Etre triste c’est comme penser continuellement à soi-même. »

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À un jeune moine qui craignait beaucoup la souffrance, abba Daniel dit : « Qui a peur de souffrir, souffre déjà de sa peur ! »

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Un higoumène alla trouver un ancien : Abba, comment doit être une homélie ?

- Une homélie, lui répondit-il, doit avoir un bon commencement et une bonne fin. Puis tu fais en sorte que le commencement et la fin soient le plus rapprochés possible.