La simplicité, fleur de l'Amour

Dom Guillerand

 

L'Amour est simple parce qu'il unifie. Il ramasse toute la vie et la tend toute vers l'Aimé. S'il ne la rassemble pas, il n'est pas l'Amour, il n'est plus qu'un amour et l'Aimé n'est plus qu'un des objets vers lesquels on tend. De là la dispersion. Le multiple disperse, comme l'un rassemble. On est « occupé de beaucoup de choses » (Lc 10, 41), au lieu d'être « aux pieds du Seigneur » (Ibid. 39). On a beaucoup de maîtres ; il n'en faut qu'un.

La simplicité est une vertu délicieuse. Comme l'unité, elle ne rapetisse pas... au contraire. Dans l'objet unique elle peut faire tenir toutes choses. Elle n'exclut que ce qui n'est pas, car elle aime tout ce qui est dans Celui qui est tout. Mais comme l'humilité elle met tout en place. Elle ne supprime pas; elle ordonne. Je retrouve sans cesse cette idée d'ordre; elle est au fond de tout comme l'idée d'unité...

La simplicité n'est donc pas une vertu... c'est l'ensemble des vertus qui fait qu'un être est tout ce qu'il doit être et fait tout ce qu'il doit faire. Nous distinguons tout cela dans le monde créé parce que nous ne savons pas voir les ensembles. Mais nous les aimons. Nous les regardons d'un regard plus grand que l'esprit qui divise pour les saisir. Nous les regardons en Celui où tout est un et ordonné...

La simplicité est faite de cette vue ordonnée des choses et de l'auteur des choses. Ceux-là sont simples qui en tout et toujours voient et veulent ce principe, tout en lui et tout pour lui. Ainsi ils peuvent tout voir, ils peuvent tout aimer; en réalité, ils ne voient et n'aiment que lui. Telle est la simplicité de Dieu, telle fut, telle est à jamais la simplicité de Jésus, celle de Marie et des Saints. La simplicité, plus encore que l'humilité, est fille de l'Amour, elle en est la fleur extrême.

L'amour propre engendre la complication: il ne tend pas à un seul objet; il se laisse prendre par le créé qui est essentiellement multiple; il est à la merci de tous les objets qui se présentent et s'offrent tous avec quelques aspects de vérité à poursuivre ou de mal à fuir. Ils nous impressionnent parce que la part impressionnable n'est pas fixée en Dieu. De là, la nécessité de l'effort pour se fixer, effort intellectuel, méditation, étude; effort moral, exercices pratiques, renoncements par amour.