Le secret du Seigneur

Bienheureux Guerric d'Igny 
abbé cistercien (vers 1080-1157)

 

L'Écriture exige de nous une joie telle que notre esprit, s'élevant au-dessus de lui-même, bondisse en quelque sorte à la rencontre du Seigneur et se plonge dans l'avenir avec une ardeur impatiente, pour devancer le Christ et le contempler...
Qu'il en soit donc ainsi pour vous, et qu'avant même son avènement, le Seigneur vienne à vous.
Qu'avant d'apparaître au monde entier il vienne vous visiter familièrement, lui qui a dit : "Je ne vous laisserai pas orphelins, je m'en vais, mais je vous reviendrai" (Jn 14, 18). Il nous faut appeler de tous nos voeux et demander avec ferveur cet avènement familier qui nous donne la grâce du premier avènement et nous promet la gloire du dernier.
Cet avènement spirituel, situé entre les deux avènements corporels du Christ, tient à la fois de l'un et de l'autre.
Le premier fut humble et caché, le dernier sera éclatant et magnifique.
Celui dont nous parlons est caché, mais il est également magnifique.
Je le dis caché, non qu'il soit ignoré de celui pour qui il a lieu, mais parce qu'il advient secrètement en lui...
II arrive sans être vu et il s'éloigne sans qu'on s'en aperçoive. À elle seule, sa présence est lumière de l'âme et de l'esprit :
en elle on voit l'invisible et on connaît l'inconnaissable.
D'autre part, cet avènement du Seigneur, si caché qu'il soit, jette l'âme de celui qui le contemple dans une douce et heureuse admiration.
Alors, du tréfonds de l'homme, jaillit ce cri : " Seigneur, qui est semblable à toi ? "(Ps 34, 10).
Ceux-là le savent qui en ont fait l'expérience, et plaise à Dieu que ceux qui ne l'ont pas faite en éprouvent le désir !