Patience envers les autres

RP Faber
 de l'Oratoire de Londres (1814-1863)

 

On peut dire que, grâce en partie à notre perversité, ou en partie à celle des autres, l'humanité toute entière, amis ou ennemis, parents ou étrangers, soumet notre patience à de rudes épreuves, d'une manière ou d'une autre.

Si l'épreuve nous vient de ceux qui sont au-dessus de nous, notre premier mouvement est de nous révolter sur-le-champ, et si nous restons dans la subordination, c'est autant par respect humain que par crainte des conséquences fâcheuses que notre désobéissance pourrait avoir pour nos intérêts, que par une réelle vertu de patience. Lors même que nous obéissons, nous ternissons la fraîcheur et la beauté de notre acte d'obéissance par une bouderie, par un mot d'aigreur, par un visage abattu, ou bien encore en nous plaignant aux autres, et en donnant à notre physionomie un air de reproche et de tristesse, afin que nos supérieurs, affligés ou inquiets, voient par là qu'il ne faut rien moins que le plein exercice de leur autorité pour nous faire faire ce que nous n'aimons pas. Cette seule marque de mauvaise volonté suffit pour nous faire perdre le pouvoir de sanctifier la moitié de notre vie.

Si ce sont des gens au-dessous de nous qui mettent notre patience à l'épreuve, alors souvent nous leur faisons fièrement sentir leur infériorité. Nous les écrasons sous un reproche, nous les glaçons d'un regard, ou nous les blessons au cœur par notre froideur.

Enfin, si cette blessure nous vient de la part de nos égaux, combien de fois nous arrive-t-il de les offenser par notre dureté, par notre vivacité, par un manque d'affabilité et de respect mutuel !

Quand nous sommes employés conjointement avec d'autres à une oeuvre quelconque, ou que nous demeurons constamment dans le commerce de la société, les épreuves ne manquent pas à notre patience. Nous rencontrons des gens irritables, importuns, ou d'une intelligence étroite, et nous ne regardons pas chacune de ces occasions comme une faveur de Dieu, qui nous observe pour voir comment nous allons nous conduire, et qui agira avec nous.

En conséquence, il y a dans presque toutes les circonstances de la vie quelque chose pour éprouver notre patience ; tantôt c'est la nature même de cette circonstance, tantôt le temps où elle arrive, tantôt le lieu, etc. Je ne crois pas aller trop loin en avançant que, surtout dans les premières époques de la vie spirituelle, un exercice de ce genre nous fait plus de bien que le jeûne ou la discipline ; et lorsque nous avons subi cette épreuve par amour de notre doux Sauveur, nous ne sommes plus si loin de la sainteté intérieure.